PÉREZ, LÉONOR
LÉONOR
Qu’est-ce, Pérez ?
FEREZ
Le roi, toujours inquiété,
S’informe à tous moments quelle est votre santé.
LÉONOR
Ses soins m’honorent trop.
FEREZ
Il se plaint, il soupire,
Et vous le possédez avecque tant d’empire Que toute sa splendeur n’a rien de précieux A l’égal d’un regard qu’il reçoit de vos yeux.
Ce trône qu’ aujourd’hui tout l’univers révère Est un siège où déjà chacun vous considère,
Et tous ses entretiens font aisément juger Des passions qu’il a de vous le partager.
LÉONOR
Outre que de l’État les raisons importantes Au parti de Navarre attachent ses attentes.
Je ne sais quel mépris stupide ou généreux.
Quelque éclat qu’ait un trône, en détourne mes vœux.
Je t’ai mis à la cour, et crois sans imprudence Pouvoir sur un secret prendre ta confidence.
Et, m’osant reposer sur ta discrétion.
Intéresser tes soins dedans ma passion.
FEREZ
Si vous m’honorez tant, je chéris moins la vie Que je ne ferai l’heur de vous avoir servie.
LÉONOR
Pour Cahrère, en un mot, mon cœur brûle d’amour : Mais, comme ses vertus charment toute la cour,
Et qu’il trouve partout des vœux si légitimes,
Il compte encor l’infante au rang de ses victimes,
Dont le dessein du mien traversera le cours,
Si ma flamme en ton art ne trouve un prompt secours. Tu peux de don Bernard imiter l’écriture :
Fais-moi de son amour une vive peinture,
Couches-y tous les traits dont la main d’un amant Nous peut représenter un sensible tourment,
Et dont on peut toucher le cœur d’une maîtresse ; Souscris-la de son nom, la ferme et me l’adresse. Prépare à mon espoir cet heureux fondement ;
Le reste, par mes soins, concertés dextrement,
Si beaucoup de malheur n’évente l’artifice.
De ses prétentions détruira l’édifice.
FEREZ
Cent dépêches au roi, que j’ai de don Bernard,
Me feront imiter sa lettre avec tant d’art.
Et si bien succéder le glorieux office
Que je me rends moi-même en vous rendant service,
Que don Bernard lui-même hésiterait en vain.
Et dedans mon écrit reconnaîtrait sa main.
LÉONOR
Je t’attends ; mais surtout sois discret et fidèle.
FEREZ
Ce service, à l’instant, aussi prompt que mon zèle, Dedans ce cabinet vous va prouver ma foi ;
Puis, sur votre santé, je reverrai le roi.
(Léonor sort.)