DON PÈDRE, PÉREZ
DON PÈDRE, à part.
N’aurai-je point de trêve, aimable violence,
Soupirs désavoués qui troublez mon silence,
Que ma raison condamne et ne peut étouffer?
Et d’une ingrate, enfin, ne puis-je triompher?
Dois-je longtemps encore, insupportables flammes. Sans espoir d’allégeance...
PÉREZ, écrivant.
« Exercent sur les âmes. »
DON PÈDRE, à part.
Mais que fait là Pérez? il sait ma passion.
Et s’acquitte si mal de sa commission !
Différant sa réponse, il prolonge mes peines. Qu’écrit-il? approchons.
PÉREZ, écrivant.
« Des têtes souveraines. »
DON PÈDRE, à part.
M’ourdit-il quelque trame, et sa fidélité Se relâcherait-elle à quelque fausseté ?
PÉREZ, écrivant.
« Mais , belle Léonor , si mon amour extrême.... »
DON PÈDRE, à part.
Dans un propos d’amour mêler l’objet que j’aime I
PÉREZ, écrivant.
« Et les fers glorieux... »
DON PEDRE , à part.
A celle que je sers
Parler insolemment et de feux et de fers !
PÉREZ, écrivant.
« L’éclat... >1
DON PÈDRE, à part.
Oserait-il, sachant que je l’adore, Prétendre, l’arrogant, aux faveurs que j’implore ?
Aurait-il Tinsolence et la témérité De former un dessein...
FEREZ
« Et par sa pureté. »
DON PÈDRE, entrant dans le cabinet.
Mais en puis-je être en doute, et si longtemps attendre?
FEREZ, écrivant.
«Je prétends... »
DON PÈDRE, lui arrachant l'écrit.
Voyons, traître, à quoi tu peux prétendre
FEREZ
A rien, Sire; j’écris...
DON PÈDRE
Donne-moi cet écrit.
FEREZ
Dieux !
DON PÈDRE
Que dois-je inférer de ce trouble d’esprit?
Perfide ! quelle foi veux-tu que j’en présume ?
PÉREZ
J’écrivais sans dessein que d’éprouver ma plume.
DON PÈDRL li .
« Je ne demande pas, vive source de flammes,
« Que VOUS me permettiez une nécessité ;
« Le pouvoir que vos yeux exercent sur les âmes « Doit répondre pour moi de ma captivité.
« Je sais bien que mon rang déshonore vos chaînes, « Et que votre beau joug, aux libertés fatal,
« Semble, faisant ployer des têtes souveraines,
« Tomber indignement sur le cou d’un vassal.
« Mais, belle Léonor, si mon amour extrême « Et les fers glorieux où je suis arrêté « Ne brillent par l’éclat que jette un diadème, « Ils brillent par ma flamme et par sa pureté.
(A Pérez.)
« L’hymen où je prétends... » Et cette audace, traître...
PÉREZ
Seigneur !
DON PÈDRE
Est le respect d’un vassal à son maître ! J’ai fait un digne choix, et versais mon secret Dans une âme loyale et dans un sein discret.