LES MÊMES ; LADISLAS
LADISLAS, à part.
Cède, cruel tyran d’une amitié si forte.
Respect qui me retiens, à l’ardeur qui m’emporte : Sachons si mon hymen ou mon cercueil est prêt ; Impatient d’attendre, entendons mon arrêt !
(A Gassandre.)
Parlez, belle ennemie : il est temps de résoudre Si vous devez lancer ou retenir la foudre ;
Il s’agit de me perdre ou de me secourir.
Qu’en avez-vous conclu? faut-il vivre ou mourir?
Quel des deux voulez-vous, ou mon cœur ou ma cendre ? Quelle des deux aurai-je, ou la mort ou Gassandre? L’hymen à vos beaux jours joindra-t-il mon destin.
Ou si votre refus sera mon assassin ?
GASSANDRE.
Me parlez-vous d’hymen? et voudriez- vous pour femme L’indigne et vil objet d’une impudique flamme ?
Moi, dieux! moi, la moitié d’un roi, d’un potentat!
Ah! prince, quel présent feriez-vous à l’Etat,
De lui donner pour reine une femme suspecte !
Et quelle qualité voulez-vous qu’il respecte En un objet infâme et si peu respecté,
Que vos sales désirs ont tant sollicité?
LADISLAS
11 respectera donc la vertu la plus digne
Dont l’épreuve ait jamais fait une femme insigne,
Et le plus adorable et plus divin objet Qui de son souverain fît jamais son sujet.
Je sais trop ( et jamais ce cœur ne vous approche Que confus de ce crime il ne se le reproche)
VENCESLAS
A quel point d'insolence et d’indiscrétion Ma jeunesse d’abord porta ma passion ;
Il est vrai qu’ébloui de ces yeux adorables Qui font tant de captifs et tant de misérables,
Forcé par des attraits si dignes de mes vœux,
Je les contemplais seuls et ne recherchai qu’eux. Mon respect s’oublia dedans cette poursuite.
Mais un amour enfant put manquer de conduite:
Il portait son excuse en son aveuglement,
Et c’est trop le punir que du bannissement.
Sitôt que le respect m’a dessillé la vue,
Et qu’outre les attraits dont vous êtes pourvue, Votre soin, votre rang, vos illustres aïeux Et vos rares vertus m’ont arrêté les yeux.
De mes vœux aussitôt réprimant l’insolence.
J’ai réduit sous vos lois toute leur violence.
Et, restreinte à l’espoir de notre hymen futur.
Ma flamme a consumé ce qu’elle avait d’impur:
Le flambeau qui me guide et l’ardeur qui me presse Cherche en vous une épouse et non une maîtresse: Accordez-la, Madame, au repentir profond Qui, détestant mon crime, à vos pieds me confond; Sous cette qualité souffrez que je vous aime,
Et privez-moi du jour plutôt que de vous-même: Car, enfin, si l’on pèche adorant vos appas,
Et si l’on ne vous plaît qu’en ne vous aimant pas. Cette offense est un mal que je veux toujours faire, Et je consens plutôt à mourir qu’à vous plaire.
CASSANDRE
Et mon mérite, prince, et ma condition Sont d’indignes objets de votre passion:
Mais, quand j’estimerais vos ardeurs véritables.
Et quand on nous verrait des qualités sortables.
On ne verra jamais l’hymen nous assortir.
Et je perdrai le jour avant qu’y consentir.
D’abord que votre amour fit voir dans sa poursuite Et si peu de respect et si peu de conduite.
Et que le seul objet d’un dessein vicieux Sur ma possession vous fit jeter les yeux.
Je ne vous regardai (jue par l’ardeur infâme Qui ne m’appelait point au rang de votre femme,
Et que par cet effort brutal et suborneur Dont votre passion attaquait mon honneur ;
Et, ne considérant en yous que votre vice,