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ACTE III, SCÈNE II

FÉDERIC.

La surprise ne peut justifier un traître;

Et tout homme de cœur, pouvant perdre le jour,

A le remède en main des surprises d’amour.

ALEXANDRE

Pardonnez un soupçon , non pas une créance,

Qui naissait du défaut de votre confiance.

FÉDERIC.

Je veux bien l’oublier, mais à condition Que ce même défaut soit sa punition,

Et qu’il me soit permis une fois de me taire Sans que votre amitié s’en plaigne ou s’en altère. Au reste, et cet avis, s’ils vous étaient suspects. Vous peut justifier mes soins et mes respects, Cassandre par le prince est si persécutée.

Et d’agents si puissants pour lui sollicitée.

Que, si vous lui voulez sauver sa liberté,

11 n’est plus temps d’aimer sous un nom emprunté : Assez et trop longtemps, sous ma feinte poursuite. J’ai de votre dessein ménagé la conduite ;

Et vos vœux, sous couleur de servir mon amour. Ont assez ébloui tous les yeux de la cour.

De l’artifice enfin il faut bannir l’usage ;

Il faut lever le masque et montrer le visage :

Vous devez de Cassandre établir le repos.

Qu’un rival persécute et trouble à tout propos.

Son amour en sa foi vous a donné des gages ;

Il est temps que l’bymen règle vos avantages.

Et, faisant l’un heureux, en laisse un mécontent. L’avis vient de sa part, il vous est important.

Je vous tais cent raisons qu’elle m’a fait entendre. Arrivant chez l’infante, où je viens de la rendre, Qui, hautement du prince embrassant le parti,

La mande, s’il est vrai ce quelle a pressenti.

Pour d’un nouvel effort en faveur de sa peine Mettre encore une fois son esprit à la gêne. Gardez-vous de l’humeur d’un sexe ambitieux : L’espérance d’un sceptre est brillante à ses yeux, Et de ce soin enfin un hymen vous libère,

ALEXANDRE

Mais me libère-t-il du pouvoir de mon père,

Qui peut...

FÉDERIC.

Si votre amour défère à son pouvoir.

VENCESLAS

Et si VOUS VOUS réglez par la loi du devoir,

Ne précipitez rien, qu’il ne vous soit funeste.

Mais vous soufirez bien peu d’un transport si modeste, Et Tardent procédé d’un frère impétueux Marque bien plus d’amour qu’un si respectueux.

ALEXANDRE

Non, non, je laisse à part les droits de la nature,

Et commets à l’Amour toute mon aventure :

Puisqu’il fait mon destin, qu’il règle mon devoir;

Je prends loi de Cassandre ; épousons dès de ce soir. Mais, duc, gardons encor d’éventer nos pratiques ; Trompons pour quelques jours jusqu’à ses domestiques, Et, hors de ses plus chers, dont le zèle est pour nous. Aveuglons leur créance et passez pour l’époux ;

Puis, l’hymen accompli sous un heureux auspice,

Que le temps parle après et fasse son office.

Il n’existera plus qu’un impuissant courroux Ou d’un père surpris, ou d’un frère jaloux.

FÉDERIG.

Quoique visiblement mon crédit se hasarde.

Je veux bien l’exposer pour ce qui vous regarde,

Et, plus vôtre que mien, ne puis avec raison Avoir donné mon cœur et refuser mon nom;

Le vôtre...

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