LES MÊMES; THÉODORE, CASSANDRE, LÉONOR
THÉODORE
Par quelle loi, Seigneur, si barbare et si dure. Pouvez-vous renverser celle de la nature ?
J’apprends qu’au prince, hélas ! l’arrêt est prononcé,
Que de son châtiment l’appareil est dressé.
Quoi î nous demeurerons, par des lois si sévères,
L’État sans héritiers, vous sans fils, moi sans frère I Consultez-vous un peu contre votre fureur :
C’est trop qu’en votre fils condamner une erreur;
Du carnage d’un frère un frère est incapable ;
De cet assassinat la nuit seule est coupable ;
Il plaint autant que nous le sort qu’il a fini Et par son propre crime il est assez puni.
La pitié, qui fera révoquer son supplice.
N’est pas moins la vertu d’un roi que la justice.
Avec moins de fureur vous lui serez plus doux :
La justice est souvent le masque du courroux ;
Et l’on imputera cet arrêt si sévère
Moins au devoir d’un roi qu’à la fureur d’un père.
Un murmure public condamne cet arrêt :
La nature vous parle, et Cassandre se tait;
La rencontre du prince en ce lieu non prévue,
L’intérêt de l’État, et mes pleurs l’ont vaincue ;
Son ennui si profond n’a su nous résister :
Un fils, enfin, n’a plus qu’un père à surmonter.
CASSANDRE
Je revenais. Seigneur, demander son supplice.
Et de ce noble efiort presser votre justice ;
Mon cœur, impatient d’attendre son trépas.
Accusait chaque instant qui ne me vengeait pas ;