SCÈNE V
MERCURE, seul, descendant du ciel sous la figure de Sosie.
Hommes, dieux, animaux, sortez de mon passage ; S’éloigne qui pourra, fuie quiconque est sage !
Mais malheur à celui qui ne m’évite pas !
J’abats, romps, pousse, brise, et mets tout sous mes pas. J’obéis à mon père et viens servir mon maître :
Tel un bon serviteur, tel un bon fils doit être ;
Qui veut de son devoir s’acquitter dignement Doit forcer tout obstacle et tout empêchement;
Ce soin m’a fait quitter une réjouissance
Par qui les dieux d’un dieu célèbrent la naissance :
Car Hercule va naître, et par un ordre exprès Tous les dieux en font fête et boivent à longs traits.
Ob ! comme le nectar s’avale à tasse pleine !
Baccbus, le bon ivrogne, en a perdu l’baleine ;
Morne, à force de boire, a cessé de railler.
Et, pressé du sommeil, ne fait plus que bâiller ;
Mars voit, pris comme il est, des troupes d’Encelades Qui dans le ciel encor dressent des escalades.
Et, de son coutelas son ombre poursuivant.
Au grand plaisir de tous se bat contre du vent ;
Vulcain, ce vieux jaloux, plein jusques à la gorge.
Souffle un air aussi chaud que celui de sa forge ; Saturne, le bon père, en a jusques aux yeux ;
Pallas même et Vénus, trinquant à qui mieux mieux, Noyent le souvenir de leur vieille querelle Dedans cette liqueur aux dieux si naturelle :
Junon seule, bouffie et de haine et d’orgueil,
Lorsque je suis entré m’a fait un triste accueil.
Se promène à grands pas un peu loin de la troupe,
Et, contre sa coutume, a refusé la coupe.
Ainsi la jalousie a jusque dans le ciel Dégorgé son poison et répandu son fiel ;
Mais, la laissant enfin avecque sa colère,