LAURE, LYDIE
LYDIE
Le mérite aujourd’hui, contre l’erreur commune,
Fait voir qu’il est parfois maître de la fortune.
Vous la voyez esclave, en ce prince amoureux. Embrasser vos genoux et vous offrir ses vœux.
LAURE
Quand elle se présente avecque tant de pompe.
Ce n’est qu’un faux éclat qui brille, mais qui trompe. On a moins de créance à qui pronxet le plus.
Et souvent tout offrir est un adroit refus.
Vois-tu pas à quel point le roi nous persécute.
LAURE PERSÉCUTÉE
Et qu’avant que je monte il médite ma chute?
Ayant à surmonter un ennemi si fort,
Quel fruit dois-je espérer des caresses du sort?
LYDIE
Le prince forcera ce qui vous importune.
En possédant son cœur vous tenez sa fortune :
Autant qu’il est aimable, autant il est constant.
(A part.)
Octave, hélas! pourquoi n’en puis-je dire autant?
LAURE
L’Amour engendre en nous cette délicatesse.
Que ce que nous aimons, s’il ne nous rit, nous blesse Un regard un peu froid, échappé sans dessein.
Nous est un trait mortel qui nous perce le sein.
Mais croyez qu’au besoin vous verriez en Octave Les ardeurs d’un amant et les soins d’un esclave. Dieux ! de quelle vitesse il porte ici ses pas !