‹ Théâtre choisiChapitre 79 sur 375 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

De tous les gens de bien Fespoir et le recours,

Mon honneur offensé vous demande secours.

LE ROI

Ah ! comte, de quels traits de lumière et de flamme Je sens percer mon cœur! Achevez donc, madame.

LAURE

Mon nom est Éliante, et mon père autrefois Reçut en votre cour d’honorables emplois ;

Son nom, malgré sa mort, vivra dans vos histoires ;

Il vous a de son sang acheté des victoires :

Ce fut Théodamas.

LÉ ROI

J’ai connu sa valeur;

Sa perte avecque vous m’est un commun malheur,

Et j’allais à sa gloire égaler sa fortune.

Quand il paya sa vie à cette loi commune.

LAURE

Je vis donc avec lui mon espoir abattu;

J’héritai pour tout bien de sa seule vertu ;

Mais le sort, m’enviant encor cette richesse,

M’a d’un puissant Tarquin fait la faible Lucrèce :

Un jour, dedans un temple où je priais les dieux,

Un jeune cavalier porta sur moi les yeux ;

Ce ne fut point au bal, ni sur une fenêtre Qu’il put m’entretenir ou qu’il me vit paraître ;

Ce sont autant d’appâts qu’on tend aux libertés,

El que j’ai toujours luis et toujours évités.

Il me vit donc au temple, et là ces faibles charmes, Dont les tristes effets me coûtent tant de larmes.

Sans qu’il s’en défendît par le respect des lieux. M’acquirent les devoirs qu’il venait rendre aux dieux :

Il s’enquiert de mon nom, me suit, me rend visite. Brûle, promet, languit, m’écrit, me sollicite.

Et ne fait rien enfin, avec tous ces efforts.

Qu’accroître et qu’irriter d’inutiles transports.

Mais, comme assez souvent nous passions sur ces rives, Une autre fille et moi, quelques heures oisives,

A contempler des flots les divers mouvements Ou bien de quelques fleurs faire des ornements.

J’avise en un moment l’appareil de ma perte.

Une superbe nef, de cent drapeaux couverte.

Où trop artistement on avait peint pour moi Sur des croissants d’argent la terreur et l’effroi ;

Le chef de ce vaisseau, le turban sur la tête.

LAURE PERSÉCUTÉE

S’approche, fait du nôtre une prompte conquête. Puis s’enfuit, glorieux du butin qu’il a fait;

Quand moi, qui le croyais être Turc en effet,

Je hausse enfin les yeux, l’avise, le contemplr'.

Et vois que c’est celui qui m’avait vue an tén:pl3, Qui, traitre, me ravit sur un traître élément,

Et que ma perte oblige à ce déguisement.

Le ravisseur enfin use de l’cLvantage;

Dans un calme profond mon honneur fait naufrage : De ce mortel affront rien ne me peut sauver.

Et la mer n’a pas d’eaux assez pour m’en laver. Vengeur de l’innocence et destructeur du vice.

Grand prince, mon honneur vous demande justice Par les tristes ruisseaux des pleurs que j’ai versés. Et par ces saints genoux que je tiens embrassés.

LE Ror.

Par les jours de mon fils, par cette chère vie Pour qui je souffrirais qu’elle me fût ravie.

Par le bandeau royal qui doit couvrir son front,

Le sang du ravisseur lavera votre affront.

Ainsi puisse périr celte Laure importune,

Dont les prétentions vont jusqu’à sa fortune.

Qui nous remplit de trouble et de confusion,

Et qui sème entre nous cette division î Nommez-le seulement.

LAÛRE.

Sire, il n’est nécessaire Ni de savoir son nom, ni d’émouvoir l’affaire : Commettez seulement quelqu’un à cet emploi,

Et je mettrai la chose aux termes que je doi.

LE ROI, au comte.

Oui, comte, à votre soin j’en commets la poursuite ; Suivez en tout son ordre, et partout sa conduite.

LE COMTE

J’exécuterai, Sire, avec fidélité La charge que j’en ai de Votre Majesté.

LE ROI, à l’oreille du comte.

Approche, écoute un mot : puis-je avêcque justice Punir un criminel dont je deviens complice,

Moi qui sens que mon cœur incline à son forfail.

Qui commets de désir ce qivil commit d’effet?

Ah ! comte, le beau crime ! avec quel artifice Ne voudrais-je en pouvoir mériter le supplice !

De quels puissants efforts mon cœur est combattu!

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