SCÈNE VIII
LES MÊMES ; ORANTÉE.
ORANTÉE.
Une dame, Seigneur, au sortir du palais,
DTme extrême beauté, si j’en connus jamais.
M’a chargé de vous voir touchant quelque promesse Qu’elle dit avoir faite à l’ardeur qui vous presse.
Puis, trouvant à propos son carrosse en ces lieux. Plus vite qu’un éclair s’est ravie à mes yeux.
LE ROI
Touchant quelle promesse, et quelle est cette femme?
LE COMTE, à part.
Nous aurait-on joués?
ORANTÉE.
C’est, Seigneur, cette infâme, Cette fille perdue et cet objet d’horreur Que vous persécutez avec tant de fureur ,
C’est celle qui tantôt, sous un habit de page.
Vous a vu la traiter avecque tant d’outrage ;
C’est celle où vos flatteurs trouvent tant de défauts.
Et ce sont ces appas qu’ils vous peignaient si faux. Elle a cru comme moi qu’elle pouvait sans crime Vous voir et vous ôter cette mauvaise estime.
Et, par un trait d’esprit de son invention,
A mis l’alîaire au but de votre intention.
Jugez par cet essai de son adresse extrême.
Et touchant sa beauté consultez-vous vous-même.
Vous dont sitôt l’Amour, ce savant artisan,
A su de son censeur faire son partisan.
Considérez, Monsieur, si, depuis tant d’années Que je vois ces beaux yeux qui font mes destinées, J’aurais pu résister à ces jeunes vainqueurs Si savants et si prompts à la prise des cœurs.
Et si, d’un seul regard vous ayant fait malade.
Ils m’auraient épargné. Voilà mon ambassade.
(Il sort.)
LAURE PERSÉCUTÉE