SCÈNE IX DURVILLE, VALMONT
VALMONT
Ehl bonjour, mon cher Durville; j'arrive avant tout le monde, et pour cause. Il faut que tu me rendes un grand service.
DURVILLE
Je suis à toi de grand cœur.
VALMONT
Je le sais; au surplus, en m'obligeant, cela t'arrangera toi-même. Écoute, tu fais valoir ton argent à la bourse, dans les affaires, le commerce : moi, je n'y entends rien ; je ne joue qu'à la bouillote, au quinze, dans les meilleures maisons. Hier j'ai gagné l'impossible. Tu sais que mon jeu est leste, hardi; mais la fortune est inconstante... Voilà vingt mille francs que je veux mettre à l'abri. Je les place chez toi.
DURVILLE
Chez moi!
VALMONT
Oui, chez toi. Je ne peux pas les placer d'une manière plus avantageuse, plus solide surtout. Tu me les feras valoir.
DURVILLE
Pardon, mais dans ce moment je n'ai pas besoin de fonds.
VALMONT
Si fait, si fait ; quand on fait des affaires aussi considérables, l'argent ne peut jamais gêner.
ÂCTB II, SCÈNE X. 137
DURVILLE
Mais je ne sais si je dois...
VALMONT
D'ailleurs, c'est par amitié. Eh bien! les premiers mois tu me paieras tel intérêt que tu voudras, et ta choisiras un bon moment... N'en parle à personne, cela me forcerait de payer mes dettes... J'entends du bruit, on vient, c'est ta femme avec madame Val belle, madame Fierval; prends ces billets de caisse, et pendant le bal tu me feras un mot de reçu, de quittance, n'est-ce pas?
{Il lui met dans la main vingt billets de mille francs,)
DURVILLE
Mais non, je n'accepte pas.
VALMONT
Prends, prends, te dis-je.
DURVILLE, prenant les billets presque malgré lui»
[A part,) Ohl je trouverai le moyen...