ACTE V, SCÈNE III
DUHAUTCOURS.
Je Y0Î9 que les malheurs de Durville vous ont
aigri à un point On ne sort pas des afiaires
aussi facilement que l'on voudrait. J*aime la paix, surtout entre mes amis... Et vous avez développé tant d'énergie, tant de probité dans cette assemblée, que j'en crains véritablement les suites.
FRANVAL
Pour M. Durville, ou pour vous?
Pour l'honnête et respectable monsieur Fran val.
FRANVAL
Au fait.
DUHAUTCOURS.
J'ai une proposition à vous faire.
FRANVAL
Parlez.
DUHAUTCOURS.
C'est cinquante mille francs qui vous sont dus?
FRANVAL
Oui, cinquante mille francs.
DUHAUTCOURS.
Je connais un homme fort riche« un honnête homme, un ami de Durville, qui est pénétré de cet événement; il me le disait encore ce matin. Il ne serait pas éloigné de venir au secours de Durville; mais il, faudrait qu'on fût raisonnable.
FRANVAL
Eh bien I que cet honnête homme fasse des propositions aux créanciers.
DUHAUTCOURS.
Aux créanciers! ce n'est pas cela; vous entendez bien qu'il ne peut pas avoir affaire à toute la masse, mais à quelques-uns, aux honnêtes gens, a vous, par exemple.
FRANVAL
Ah! fort bien.
Oui, sans doute, vous trouver compris dans un arrangement comme celui-là! quand vos fonds n'ont passé entre les mains de Durville que depuis quelques jours; oh! cela est cruel! Je conviens qu'il est dur de voir perdre les autres, mais enfin chacun pour soi, d'abord.
tl
182 DUHAUTCOURS.
TRANVAL.
C'est la morale universelle.
DUHAUTCOURS.
Ahl mon Dieu, oui.. Ce galant homme, cet ami de Durville, parlait donc ce matin de vous olTrir...
FaANVAL.
Combien?
DUHAUTCOURS.
Mais au lieu de vingt, trente pour cent,
FBANVAL.
Trente pour cent I
DUHAUTCOURS.
C'est bien peu, mais il faut de l'humanité. Ah ! sî vous aviez vu ce pauvre Durville avant cette fatale assemblée, il vous aurait fait pitié comme à moi ; il avait un air égaré. Je tremble que tel homme-là ne se porte à quelque extrémité,
FBANVAL.
Trente pour cent!
DUHAUTCOURS, d part.
Bon ! il entre en négociation. (Haut.) Et si nous pouvions vous faire avoir cinquante
FRANVAL
Cinquante ! je perdrais vingt-cinq mille francs!
DUHAUTCOURS, à part,
A merveille I {Haut.) Peut-être ne les perdriezvous pas; car enfin Durville et moi réunissant toutes nos autres ressources.....
FBANVAL.
Vous pourriez me compléter les trois quarts.
DUHAUTCOURS.
Je n'oserafe vous le promettre, mais nous y ferions nos efforts.
FRANVAL
Je vous vois venir; pour peu que j'insiste, vous allez m'offrir la totalité de ma créance.
DUHAUTCOURS.
Je le voudrais, mais je n'ose. .
FRANVAL
Je n'en veux pas. Créancier de Durville, je dois partager le sort de tous ses créanciers; je le partagerai, et ce court entretien achève de me prouver qu'il ne sera pas si malheureux que vous auriez voulu le rendre. Que voulez-vous ? il y & des goûts bizarres dans le monde. Vous avez affaire à