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SCÈNE VIII EUGÈNE, MADAME MUSARD

MADAME MUSARD

' Ahl quel homme! quel homme! Voilà vingt-

$00 M0N8IBUR MUSARD.

cinq ans qae nous sommes mariés» je Tai toujours vu comme cela. Je lui conseille d'ériger sa manie en système déplaisir ; pêcher à la ligne, chasser à l'oiseau, s'asseoir sur un pont pour voir couler l'eau : voilà d'aimables délassements I

EU6BNB.

Vous voilà donc enfin à Paris ; malgré toutes les promesses de mon père, qui m'annonçait qu'il allait se mettre en route, je désespérais presque de vous y voir.

MADAME MUSARD

Vraiment ce n'est pas sans peine ; malgré l'importance des affaires qui l'appelaient, il s arrangeait toujours si bien, il s'y prenait toujours si tard, qu'il n'y avait de place pour nous dans aucune voiture. £hl quel voyage! pas un postillon, pas un aubergiste, pas un voyageur qu il n'ait impatienté, retardé, fatigué de questions, de digressions sur la politique, la littérature, les chevaux, les modes, 1 agriculture ; que sais -je? et c'est, grâce à lui, que notre diligence est arrivée deux heures plus tard qu'à l'ordinaire.

EUGÈNE

Réunissons-nous, ma mère, pour faire en sorte qu'il mette à profit ce voyage. Votre procès avec mon oncle, les embarras que mon père éprouve dans son commerce, les refus des gens qui m'avaient promis de me servir, tout ceJa est bien triste sans doute. Mon père m'accuse d'être l'auteur de tous ces malheurs ; je croirais plutôt que c'est sa négligence qui les a occasionnés ; et, quels qu'ils soient, je suis persuadé qu'avec un peu d'activité de sa part tout s'expliquerait, tout se terminerait heureusement. Vous le savez ; si je désire une place, quelçiue fortune, c'est pour en faire hommage à l'aimable Sophie; c'est dans l'espoir de vaincre la répugnance de mon père. Vous ne la partagez pas, vous estimez M. Lerond.

Moi, mon fils?

EUGÈNE

Oui, oui, vous l'estimez ; vous vous avouez à vous-même que si dans toutes ^les occasions il l'a emporté sur mon père, c'est qu'avec autant de mérite et de probité il a l'avantage d'aller çlirec-

tement à son but. Peut-être a*t-il eu tort de se

} permettre quelques plaisanteries sur les éternelles enteurs de son voisin, mais il a toujours rendu justice à ses excellentes qualités ; il Ta défendu plusieurs fois contre ses ennemis. Et sa fille... sa nlle est charmante I... Ne mérite-t-elle pas?... Mais, pardon, j'ai un rendez-vous très important avec un ami, le seul qui veuille bien encore me recevoir, et je reviens bientôt savoir ce qu'aura fait mon père. Ne le quittez pas, pressez-le, qu'il s'habille, qu'il sorte, qu'il m'obtienne la place que je sollicite, et qui doit me rapprocher de Sophie. Vous aimez votre fils, et ce n'est qu'avec elle qu'il peut être heureux. (// sort,)

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