EUGÈNE, LEROND, MADAME MUSARD, SOPHIE
LEROND, «n «nrrofii.
Qu'il ne s'en aiJle pas, je remonte en voiture sur-le-champ. Me voilà. Bonjour, Eugène. J'ai le temps de vous rendre compte de mes courses. Du fond de mon fiacre je viens d'apercevoir Musard lisant je ne sais quelle affiche au coin de la rue, sous son parapluie, car il commence à pleuvoir. Bonnes et mauvaises nouvelles. D'abord, point de procès avec votre beau-frère; il y a deux ans qu'il
S repose une transaction tout à votre avantage; [usard Ta acceptée, mais il remet de jour en jour à envoyer sa procuration. Votre beau-frère ne voulait plaider que parce qu'il était excédé de ses éternelles remises. J'ai vu son avocat; il rédige la transaction ; dans un quart d'heure je l'apporte à Musard, et il faut espérer qu'il prendra sur lui de signer. Quant à la place que le jeune homme sol« licitait, il faut y renoncer; d'hier matin elle est donnée à un concurrent, qui n'aurait rien obtenu si Musard avait répondu à vingt lettres au'on lui a écrites, s'il avait songé à rendre mille petits services qu'on lui demandait, qu'il promettait et qu'il oubliait. Mais je projette pour toi, mon cher Eugène, quelque chose qui te dédommagera. J'ai vu M. Forlis, votre correspondant; il est furieux. Votre mari est ruiné, dit-il ; et lui-même, s'il ne rompt pas avec Musard, est obligé de manauer. D y a un mois qu'il attend une rentrée considérable
aue votre mari doit lui faire, point de nouvelles, dit ({lie, depuis que Musard a renvoyé ce commis intelligent que j'ai pris chez moi, et dont je suis fort content, il est impossible qu'il termine une affaire.
MADAME MUSARD
Eh ! mais, mon mari m'a parlé en effet d'une lettre de change de trente mille francs qu'il devait
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porter lui-même à la poste il y a un mois. Ah ! mon Dieul serai t-elle égarée ?
LBROND.
Qu'il devait porter lui-même à la poste! il se sera amusé quelque part, et la lettre ne sera pas partie. Mais permettez, madame, j*ai connu dans mes voyages un homme du caractère de Musard; sa femme avait une excellente habitude : tous les soirs elle visitait les poches de son marij et par cette précaution elle lui a épargné bien des malheurs.
MADAME MUSARD
Eh ! mon Dieu I monsieur, j'y ai pensé plus d'une fois; mais je n'ai jamais ose.
LEROND
Beau scrupule avec un homme de ce caractère ! Songez donc que c'est pour lui rendre service; cette lettre de change perdue I c'est peut-être le seul moyen de savoir ce au'elle est devenue; je gage que nous trouverons a Saint-Quentin ^ ou ici môme...
MADAME MUSARD
Eh 1 oui, vraiment, ici; il s'est amusé à emballer tous ses habits, comme si nous devions rester huit mois à Paris; et comme il ne souffre pas que son domestique y touche, parce qu'il passe une heure à les brosser lui-même tous les matins...
LEROND
Allons, allons, un peu de hardiesse; l'intention nous justifie; et d'ailleurs, en votre présence, eu présence de son fils, il ne peut pas y avoir de mal.
MADAME MUSARD
Et nous allons peut-être découvrir encore quelque nouveau malheur dont nous ne nous doutons pas.