ACTE I, SCBNB V
ma chère Euphémie, comme elle doit être belle à présent, n'est-ce pas, FroDtin ?
FRONTIN
Elle doit être (^armante. Cette Euphémie est sans doute une des maltresses que vous avez laissées dans votre patrie, et que vous vous flattez de retrouver fidèle.
BELFORT
Euphémie, Frontin, est la seule que j*aime. Beifort n'a jamais aimé qu'Euphémie, et Belfort Taimera toujours.
PRONTIN.
Belfort fut souvent infidèle, et Belfort le sera toujours, n vous sied bien de vous vanter d'être constant! quand il n'y aurait que cette petite aventure gadante qui vous a forcé de vous expatrier.
BELFORT
Bah I folie de jeunesse et rien de plus. J'étais à Paris ; la maîtresse d'un homme en place s'avise de me soupçonner un peu de mérite; il était de mon honneur de lui prouver qu'elle ne se trompait pas. Je fus cruellement puni de cette prétendue bonne fortune, par les trois mois que 1 amant titré de la belle, de concert avec mon père, me fit passer au fond d'une prison d*État, où je serais encore peut-être, si l'aimable fille de mon geôlier ne m*eût procuré les moyens de gagner les pays étrangers. Être enfermé parce qu'on est aimai)le I c'est cruel.
PRONTIN,
Oh ! cela crie vengeance, monsieur ; mais, c'est partout de même ; partout le mérite est persécuté. A Madrid, nous sommes obligés de sauter par une fenêtre pour sauver l'honneur d'une femme dont le mari nous attendait au bas de Tescalier. A Rome, je reçois dans ma redingote un coup de poignard qui vous était destiné. En Turquie, j'ai vu le moment où l'on allait empaler le valet, et mettre le maître hors d'état de faire des sottises. A Turin, déguisé en femme de chambre, vous avez le malheur de plaire en même temps à la femme comme un joli garçon, et au mari comme une jeune et fraîche souhrette. Je ne sais si vous vous rappelez le coup d'épée qui vous retint six semaines à Ber^
€ liES YISITANDINES.
lia ; mais je n'ai pas oublié, moi, ce fameux combat à coups de poing que je fus obligé de soutenir à Londres, contre cet honnête artisan avec la femme duquel vous causiez pendant que nous nous battions. Partout nous avons trouvé matière à maudire la méchanceté des hommes.
BBLFORT.
Et partout matière à bénir la bonté des femmes.
FBONTIN.
Oh 1 cela s'arrangeait à merveille ; monsieur prenait pour lui les caresses des femmes, et me laissait les coups de bâton des hommes.
BELFORT
Que veux-tu, mon cher Frontin, les femmes m'ont perdu. En deux mots voici mon histoire :
AïR.
Enfant chéri des dames,
Je fus en tous pays
Fort bien avec les femmes^
Mal avec les maris.
Pour charmer Fennui de l'absence, A vingt beautés je fais la cour, Laissant aux sots l'ennuyeuse constance, Je les adore tour à tour.
Un nouveau goût s'éveille.
J'entends à mon oreille Le dieu d'amour me répéter tout bas :
Enlant chéri des dames.
Sois dans tous les pays
Fort bien avec les dames,
Mal avec les maris.
Mais le ciel me seconde.
Et veut faire, je croi.
L'ami de tout le monde
D'un homme tel que moi.
Me voici dans la France,
Tout ira pour le mieux,
Car on aime l'aisance
Dans ce climat heureux I...
(Ton, il n'est pas de climat plus heureux :
Caries amants des dames.
Dans ce charmant pays,
Sont bien avec les femmes.
Bien avec les maris.
FRONTIN
Et cette Euphémie dont vous me parliez tout à l'heure.
AOTB I, SCBNE VI. 9
BCLFORT.
Âh I c'est différent ; celle-là, je raime sérieusement. Gonçois-tu, mon cher Frontinje bonheur dont je Yais jouir? Depuis deux ans on n'a reçu de moi aucune nouvelle, on me croit mort, et tout à coup je ressuscite.
FRONTIN
Quelle joie I quels transports dans toute la famille I
fiBLFORT.
Quoi, c'est lui \ le voilà de retour I est-il possible?
FRONTIN
Ah, mon cher Belfort 1
BBLFORT.
Âh, ma chère Euphémie !
FRONTIN
Gomme il est erandi I comme il est changé I embrasse-moi, embrasse-la.
BBLFORT.
Moi, j'embrasse tout le moade, et sur-le-champ je songe à mes affaires. Mon père est son tuteur, j'arrive demain et je l'épouse après-demain. {On
aperçoit de la lumière dans une des chambres du couveni, et on entend un prélude de harpe.) N'est-ce pas une harpe que j'entends?
FRONTIN
Oui, vraiment, pour nous indemniser de notre insomnie, on veut nous donner un concert.