SCÈNE IV GASPARD, MARCELIN
MARCEUN.
Qu'il me tardait de te revoir! Tout est bien changé pour moi depuis ce matin, mon cher Gaspard.
, GASPARD
Je le sais, et je Vous en fais mon compliment... Je veux dire que c'est avec la plus vive satisfaction que j'ai appris le bonheur d'un ancien ami.
MARCELIN
Ehl que diable! monsieur Gaspard, laissez là vos compliments et vos satisfactions. Ces termes-là sont de trop entre nous ; ton ancien ami ne veut pas cesser de l'être. Touche là, et embrasse-moi.
GASPARD
Que je t'embrasse! Volontiers. Ah! le respire à mon tour. Je t'avoue que ta prospérité m'inspirait des craintes... Grâce à toi, ma crainte se passe, et je me réjouis de retrouver encore mon camarade Marcehn.
MARGBLIN.
Oui, mon ami, je suis riche, immensétnent riche; en quelques heures, il m'est survenu un château, un équipage, des laquais, des amis intimes^ et un portefeuille; mais je conserverai mes principes délicats, généreux, extraordinaires. La fortune me sied trop bien pour que je n'en fasse pas un bon usagé. As-tu besoin d'argent, de caution? puis-je te servir en quelque chose? parle. .
GASPARD
Ma foi,, puisque tu me préviens et que tu yeux
293 LES MARIOm^BTTBS.
({ue j*en use sans façon avec toi, je t'avoue que je méditais de Remprunter... .
HARCBLUf.
Combien?
GASPARD
Ohl beaucoup... Dix mille francs.
MARCELIN
Les voilà; en veux-tu davantage?
GASPARD
Non; c*est tout ce qu'il me faut pour un certain projet de spectacle.
MARCELIN
Fi donc! vas-tu encore t'occuper de ces misères. Tu es fait pour mieux que cela. Tiens, je pars ce soir pour Paris, viens avec moi ; tu as de l'esprit, de la littérature; je te prônerai, je te servirai, je te pousserai. Eh bienl suis-je une girouette, tournant selon le vent des circonstances?
GASPARD
Brave et généreux Marcelin, riche et si digne de l'être! oui, je pars avec toi; je te ferai connaître ma femme, ma fille; tu seras leur bienfaiteur.
MARCELIN
Point du tout; je serai leur ami, vous serez les miens.
GASPARD
Toujours. Eh! que ces amis sont préférables à tous ceux qui vont te tomber des nues!
Us sont déjà arrivés. Comme je te le disais, j'en ai, des nouveaux amis : M.Dorvilé, l'ancien propriétaire du château ; il me dédaignait ce matin, il ne tient qu'à moi de le protéger maintenant : M. Yalberg, hier complaisant de M. Dorvilé, et le mien aujourd'hui : leurs deux sœurs, charmantes femmes, ma foi. J'ai deviné leurs intentions ; on me fait la cour comme à uûe jolie fille, mon ami. Coquettes de Paris, coquettes de province, coquettes de villa^ : madame de Saint-Phar, mademoiselle Célestme, Georgette, c*est à qui m'épousera.
GASPARD
A propos^ je suis chargé de te parler...