SCÈNE IV
DORSAY, lAFLEUR.
OORSAT, en robe de chambre ^ un papier et un bouqttet
ù la main,
. Où vous cachez-vous donc? Je sonne, j*appelle...
LAFLEUR
Me voilà, monsieul*.
DORSAY
Eh I vite, qu'on m'habille, ie suis pressé. A-t-on passé chez le colonel. Sainvilie?
LAFLEUR
. J'ai été moi-même lui annoncer la visite de monsieur. M. le colonel prie monsieur de ne pas se dérauger. U doit venir ce matin dans la maison, chez madame de Mircour.
DORSAY
Chez ma nièce I Raison de plus pour que je me h&te. Je veux absolument le voir chez lui : c'est une attention dont lesgeos en place vous tiennent toujours compte. Mon habit?
LAFLEUR, habillant son maître.
Je reconnais bien le génie de monsieur. ]1 n'oublie aucun détail.
DORSAY
Fruit de l'habitude, mon pauvre Lafleur.
LAFLEUR
Oh I non, cela n'est pas donné à tout le monde ; moi, par exemple, je ne pourrais pas : il faut une nature particulière.
DORSAY
Ce bon Lafleur I il ne manque pas d'esprit. Quel bonheur que ce colonel se soit pris de passian pour ma nièce I Un jeune homme plein de mérite, qui peut tout pour ses amis, aimaole pour tout le monde quand il est heureux. C'est dommage qu'il soit bourru et presque méchant dès qu'il est contrarié.
Comme monsieur s'entend à faire le portrait de
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ses amisi Si monsieur D*était pas pressé, j'aurais une grâce à lui demander»
DORSAY
Qu'est-ce que c'est? Dépéche-toi. Mon épée?
LAFLBUR»
C'est pour un jeune homme qui est parent d'une jeune artiste de théâtre.
DORSAT.
Ah I tu as des connaissances dans les théâtres I C'est ma nièce qui m'inquiète ; c'est bien la petite pcrsoune la plus vive, la plus fantasque... une enfant mal éleYée... Eh bienl ton jeune homme?
ULTLBUtl*
Comme monsieur ya monter sa maison...
DORSAY
Qu'est-ce qui Va dit cela?
LAVLltim.
Personne ; mais il est à présumer que monsieur ne tardera pas à être appelé, placé» comme il le mérite.
DOaSAY.
Oui, ils yeulent absolument m'employer. C'est une chatne que je yais prendre ; mais enfin on se doit à son pays» à la famille.
LAFLaun.
Alors il faut à monsieur mattre d'hôtel, llYrée» équipages...
DORSAY
Parbleu I quand on nous donne des j^aces à
nous autres...
LATLKUR.
Monsieur ne peut pas se passer d'un secrétaire :
mon jeune homme a reçu la plus belle éducation...
DORSAY
Combien vous a-t-on promis , monsieur de La* fleur, pour placer le parent de la jeune artiste?
LAFLXUR.
Fi donc ! ce n^est pas par intérêt. Je marche sur les traces de monsieur : il m'a appris à trouver le bonheur dans celui qu'on procure aux autres.
fiORIAY.
Eh bien I tu n'es qu'on sot... Mon chapeau t C'est une folie de donner ses services. Non pas
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que je vende les miens; mais un homme comme toi... Ma tabatière? Qu'est-ce que c'est? j'entends une Yoitiire. Vois donc : serait-ce le colonel ?
LAVXBUB.
Loi-mème.
fiOBSAT.
Ah ! mon Dieu I to me fais perdre mon temps. Cette chambre en ordre; ferme la toilette; ces lettres à leur adresse ; ces vers et ce bouquet à la jeune veuve de la Ghaussée-d'Antin.
LAFLEUR
J'y cours. Prenez, mon protégé, monsieur; il sera si heureux de travailler chez un homme aussi bon, aussi juste, aussi recommandable par son cœur et par son esprit.
DORSAY
Coquin! tu ne penses |>as tout ce que tu dis*^ mais c'est égal, tu me fais plaisir. Apporte-moi de l'écriture du jeune homme, et si elle est passable...
LAFLEUR
Admirable, monsieur. Voici le colonel. (Il son.)