‹ Théatre choisiChapitre 329 sur 418 · CLAIRVILLE, DUPARC · texte numérisé non relu

CLAIRVILLE, DUPARC

DUPARC , sortant de chez lui.

Déjà ici, mon cher Glairville? vous venez prendre ces dames?

CLAIR VILLE

Je viens les prier de ne pas m*attendre.

DUPARC

Comment 1

CLAIRVILLE

Oh ! j'irai dtn^ avec vous ; mais j'arriverai tard, j*ai à courir dans Paris.

DUPARC

C'est* comme moi.

CLAIRVILLE

Les affaires avant les plaisirs.

DUPARC

C'est cela, mon cher, les femmes sont bien heureuses : pendant qu'elles ne songent qu'à se parer et à s'amuser, nous autres, nous travaillons, nous nous inquiétons de l'avenir pour elles et pour nous.

GLAIRVILLE.

Ce n'est pas vous que l'avenir doit inquiéter.

DUPARC

Quand votre petite sera en âge d'être mariée, vous saurez ce que c'est que les embarras d'un • père de famille.

GLAIRVILLE.

Avec votre fortune et une fille aussi aimable que la vôtre, on peut choisir.

Tenez, mon cher Clairville, je puis me confier à vous. Vou^ connaissez mon caractère prompt et impatient. Je me suis toujours dit que le marierais ma fille à dix-huit ans , et parce qu elle en a dix-sept, depuis quelques mois, je me crois déjà en relard. Je me trouve pressé d'ailleurs par une

3i2 LES DEUX PHILIBERT.

circonstance...; le duc de Mircour, qui vient d'être nommé ministre, m'honore de son amitié. 11 vaque en ce moment près de lui une place superbe, et il a eu la bonté de me faire entendre qu'il la donnerait volontiers à celui que je choisirais pour mon gendre.

GLAIBVILLE.

Cela fait une belle dot.

DUPÀRG.

Qui rendra moins exigeant sur celle que je comptais donner; mais vous sentez qu'il n'y a pas de temps à perdre ; car il faut que la place soit remplie, et si je tarde à proposer un sujet au duc, il en prendra un de la main d'un autre, qui a peut-être aussi une fille à marier. Or, vous savez que ma belle-mère a imaginé de donner des bals à Paris et à la campagne, prétendant que plus d'une mère avait trouvé de la sorte un mari pour sa fille.

GI4AIRV11.LE.

Oui, cela se pratique ainsi dans beaucoup d'honnêtes maisons.

Et cela réussit.

CLAIR VILLE

Quelquefois.

DUPARG.

Eh bien ! nous venons de passer en revue tous les jeunes gens de notre connaissance, et nous n'en voyons pas un seul qui réunisse toutes les qualités... II y a bien notre cousin Pastoureau, que je crois amoureux de Sophie.

GLAIRVILLE.

Le tendre faiseur d'élégies, mon fournisseur de romances, le grand joueur de boston et de billard.

DUPARG.

11 a quelque fortune^ il est avocat, il plaide peu; mais ma belle-mère veut une inclination réciproque, et moi-même, si je pouvais trouver mieux... Parbleu! mon ami, vous qui donnez des leçons aux jefines gens des meilleures familles, veut devriez bien me chercher mon affaire parmi vos écoliers.

ACTB I» SCÈNE VIII. S63

GU.1RVILLB.

Moil

DUMRG.

Oui, vous. Il faut au duc un homme actif, intelligent, instruit; il faut à ma fille un jeune homme aimable, sensible. Moi, je veux un cendre d'une humeur égale, facile, le la probité, de bonnes mœurs, cela va sans dire. Trouvez-nous cela, mon cher ami : je donne au jeune homme une fortune assez considérable après moi , et dès à présent une belle place et une jolie femme. Gela n'est pas à dédaigner?

GLÂIRVILLE.

Non vraiment ; et quoiqu'un homme, tel qu'il le faut à vous, au duc et à votre fille, ne soit pas très commun, par le temps qui court, je croirais assez que celui dont je viens de recevoir la confidence...

DUPARG.

Vous avez reçu la confidence d'un jeune homme?

GLAIRVILLB.

Oui : mais je ne veux vous en rien dire.

DUPARC

Pourquoi donc cela?

CLAIRVILLS.

C'est si délicat! vous connaissez ma répugnance à me mêler de ces sortes d'affaires.

DUPARG.

Je la connais, je l'approuve et je vous en estime davantage. Mais ici songez que c'est le père de la jeune fille qui vous presse. Tenez, voici ma bellemère qui va se joindre à moi.

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