SCENE I SOPHIE, MARIANNE
MARIANNE
Par ma foi, mademoiselle, c'est un coup d'oeil charmant que celui d'une fête de villaçe. Eh 1 mais, qu'avez-vous donc? Je vous ai observée pendant la route ; vous étiez rêveuse, distraite.
SOPHIE
Puisque tu te piques de si bien observer, ma chère Marianne, n as-tu pas remar({ué comme ma bonne maman affectait de nous dire qu'elle n'avait pas de secret, et que je n'étais pour rien dans l'entretien qu'elle a eu avec mon père avant notre départ?
MARIANNE
C'est vrai.
▲0TB II, SCàNB. I. 879
SOPHIE
JTen ai conclu qu'ils n'avaient de secrets que pour moi, et que c est de moi qu'ils s'occupent.
HABUNNB.
£t de quelle affaine croyez-vous qu'il soit question?
SOPHIB.
De quelle affaire peut-il être question pour une jeune fille?
D'un mariage I d'un mariage pour vous I Ah I mademoiselle, une noce I quel plaisir 1
Hélas I sais-je quel est l'homme qu'ils me destinent ? Quelquefois j'ai eu peur que ce ne fût mon cousin Pastoureau.
MARIANNE, effrayée.
Ah I mon Dieu I
SOPHIE
Je suis un peu rassurée de ce côté. Mais, que voulait dire ma boniie maman, en nous répétant que nous aurions probablement aujourd'hui un convive de plus ?
MARIANNE
C'est peut-être le futur.
SOPHIE
Le futur I Ah I ma bonne Marianne, si tu savais... c'est que j'ai mes secrets aussi... Je ne les ai révélés à personne... Depuis un mois, un jeune homme...
MARUNNB.
Un jeune homme?...
SOPHIE
Je ne sais comment il s'y prend, mais nous ne pouvons aller nulle part, qu'il ne s'y trouve en même temps que nous. Le premier jour que je le vis... je m en souviens, il avait l'air en extase en nous regardant. Plus d'une fois, il m'a semblé qu'au spectacle il prêtait l'oreille avec soin à notre conversation ; et... te l'avouerai-je ? jalouse involontairement de m'en faire estimer, sachant que 1 ''étais observa, gue j'étais écoutée par ce jeune lomme, je mettais encore plus de réserve et de scrupule dans mes actions, dans mes paroles. S'est-il aperçu que« de mon côté, je cherchais à
380' LBS DEUX PHILIBERT.
Tentendre causer avec ses voisins ? Je ne sais, mais plus d'une fois aussi ses discours m'ont touchée, attendrie ; et j'en étais si préoccupée, que je me trouvais fort embarrassée le soir, quand ma bonne maman me demandait mon opinion sur la pièce et sur les acteurs.
HAAIANNE.
Voilà un petit commerce bien innocent, bien méritoire ; il ne sert qu'à vous rendre meilleurs tous les deux. On n'accusera pas votre jeune homme d'être trop entreprenant. Depuis un mois, se borner à vous suivre dans les promenades, au spectacle I
SOPHIE
Oh ! sans doute; mais...
HARIÂNME.
Quoi? mais...
SO>HIE
Ce matin, il est venu rendre une visite à mon père.
KARIÂNNE.
Ahl ahl
SOPHIE
Et quand je pense à l'air de mystère de mon père et de ma bonne maman...
MARIANNE
Est-ce que vous croiriez que le nouveau convive qu'on attend, c'est...
SOPHIE
Qui?
MARIANNE
Votre jeune homme ?
SOPHIE
Toi-même, qu'en penses-tu ?
MARIANNE
C'est possible.
SOPHIE
Étonne-toi donc que je sois inquiète 1
MARIANNE
Seriez-vous fâchée que ce fût lui ?
SOPHIE
II doit m'ètre et il m'est bien indifférent. Je crains seulement de rougir en le voyant. Je t'en prie, si tu es là quand il paraîtra, tâche qu'il ne s'aperçoive pas de mon trouble.