DERVIGNY
DUPARG.
Vous me voyez ravi, enthousiasmé. S'il faut en croire tous ceux que j'ai interrogés, je ne saurais mieux choisir.
MADAME DBRVI6NT.
Prenons garde que Sophie ne nous entende.
DUPARG.
Et pourquoi nous cacherions-nous d'elle ?
MADAME DERVIGNY
En effet; n'avons-nous pas intérêt à ce qu'elle lui paraisse aimable ?
DUPARG, i^ approchant de Sophie qui se lève.
Bonjour, ma chère enfant; laisse donc là ton ouvrage. Eh bien l comme ta bonne maman te l'avait annoncé, nous aurons un nouveau convive, un jeune homme.
SOPHIE
Un jeune homme I
DUPARG.
Plein d'esprit, du meilleur ton, fort instruit, d'une conduite exemplaire, joignant aux qualités essentielles qui constituent l'honnête homme, tous les petits talents qui font l'homme aimable. Il danse à ravir, il chante avec goût, il fait des vers, il dessine.
MADAME DERVIGNY, basàVuparc.
Doucement donc; vous en dites tant de bien, qu'elle va l'aimer avant de l'avoir vu. (Haut.) Certes, je suis loin d'avoir des idées sérieuses sur ce ieune homme ; cependant, s'il a réellement tout le mérite qu'on nous annonce... qui sait?...
882 LES DBUX PHILIBERT.
DUPAJEIG, ba$ à madame Dervigny,
Eh I mais c'est vous qui en dites beaucoup trop. (Bout.) J'étais fort lié avec son père. Il se nomme Philibert. Il m'a fait une visite, et je Fai invité.
SOPHIB, à Marianne,
C'est lui.
DUFARG.
Je suis étonné c[u'il ne soit pas encore arrivé ; j'aurais voulu le faire causer, réprouver en attendant le reste de la société.
MADAME DERVIONT.
Et moi aussi, je l'éprouverai; mais il faut d'abord l'éblouir, lui plaire. Il s'agit de paraître avec tous tes avantages, ma chère enfant. Ton piano? bon : le voilà. Tes dessins? Marianne, étalez-les négligemment sur cette table. Et ce soir, tâche de bien danser.
SOPHIE
Je ferai de mon mieux. (À Marianne,) Est-ce si maladroit d'avoir trouvé le moyen de se faire inviter par mon père?
OUPARC, à madame Dervigny,
Savez-vous ma crainte ? C'est que ce ne soit un homme trop supérieur; je ne serais pas flatté d'avoir un gendre qui fût trop au-dessus de moi, simple et bon bourgeois...
MADAME DERVIONT.
Oh! il ne faut pas trop vous déprécier; et d'ailleurs, s'il fait le bonheur de votre fille...