‹ Théatre choisiChapitre 350 sur 418 · SCÈNE VIII DUPARC, PHILIBERT GADET · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII DUPARC, PHILIBERT GADET

PHILIBERT CADET, parlant de la coulisse.

Je suis beau joueur, monsieur Pastoureau, et je ne m'en irai pas sans vous donner votre revanche.

ACTB II, 8CBNS VIII. 891

DUPÂRG.

Le billard a donc bien de Fattrait pour vous, jeune homme?

PHILIBERT CADET

Beaucoup d*attraît, je ne m'en cache pas. Avez- TOUS vu comme j'ai lestement gagné cette première partie? Je pourrais céder des points à relève du café Turc. Laissons cela. Vous avez désiré me parier?

DUPARG.

Oui, monsieur.

PHILIBERT CADET

Moi-même, j'ai de grands projets à vous confier.

DUPARG.

Eh bien ! monsieur, causons.

PHILIBERT CADET

Causons.

DUPARG.

C'est d'après le témoignage de plusieurs de vos amis que nous avons cherché à faire connaissance avec vous.

PHILIBERT CADET

De plusieurs de mes amis I

Oui.

PHILIBERT CADET

C'est possible. J'ai cru qu'il n'y en avait qu'un; tant mieux s'il y en a plus.

DUPARG.

Tous m'ont vanté vos excellentes qualités.

PHILIBERT CADET

Monsieur, ces amis-là sont bien bons, et je leur ai beaucoup d'obligation.

DUPARG.

Mais pour que nous vous accordions tout à fait notre estime, il est bon que vous vous fassiez connaître par vous-même.

PHIUBBRT CADET.

C'est juste. Je vous dirai d'abord, monsieur, pour vous rendre votre politesse, qu'on m'a parlé de vous comme d'un homme plein de probité^ fort habile, et qui, ayant la confiance de plusieurs très riches particuliers, couvait être très utile aux jeunes gens qui voulaient faire des affaires.

h9% LES DBUX PHILIBERT.

DUPARG.

P]att-il, monsieur?

PHILIBERT CADET

Oh ! c'est la vérité. Vous avez beau repousser réloge, je sais que vous le méritez. Quanta moi, * vous avez connu mon père ; ainsi je n*ai rien à , vous apprendre sur ma famille. J'ai eu, comme ; tant d'autres, une jeunesse un peu dissipée. 11 est i temps de mettre un terme à mes fredaines et à I mes caravanes. Quand on a de Tâme et des sen- • liments, on ne doit jamais perdre courage.

DUPARG.

Ehl mais, voilà des aveux...

PHILIBERT CADET

Bien francs, n'est-il pas vrai? Je ne cherche pas à me faire meilleur que je ne suis. L'hypocrisie I ah Dieu ! quel vice aiireuz I

DUPARG.

Ëh I mais, monsieur, n'êles-vous pas attaché au ministère des affaires étrangères?

PHILIBERT CADET

Je Tétais ; je ne le suis plus.

DUPARG.

Comment?

PHILIBERT CADET

On m'a fait des injustices, un passe-droit d'une iniquité révoltante : j'ai quitté, comme précédemment j'avais quitté bien d'autres places. Je peux m'en passer.

DUPARG.

Vous m'étonnez beaucoup : d'après ce que m'avaient dit les personnes que je me suis permis d'interroger sur vous...

PHILIBERT CADET

Eh bien! que vous ont-elles dit ces personnes?

Rien qui annonçât ces beaux projets d'affaires.

PHILIBERT CADET

Écoutez : j'ai cru n'en devoir faire confidence qu'à mon ami Salomon. Vous connaissez mon ami Salomon?

DUPARG.

Salomon ! Ah! un joaillier, un juif.

PHILIBERT CADET

Très riche, très considéré, ne prêtant que de

ACTB II, SCENB YIII.

grosses sommes, ne prêtant pas à tout le monde. [A part.) Je le sais; malgré notre amitié...

DUPARG.

Je l'ai vu hier; il m'a parlé d'un jeune homme...

PHUilBERT GÀDBT.

C'est moi.

DUPARG.

C'est vous I

PHILIBERT CADET

Moi-même : jeune homme délicat, actif, et, j'ose le dire, capable de conduire un vaste bureau d'agence. Affaires coutentieuses ou administratives, civiles ou militaires; j'embrasse tout, j'entreprends tout. J'ai déjà en vue un excellent commis; et dès que j'aurai un premier client, je fais imprimer et distribuer mon prospectus.

DUPARC

Votre prospectus!

PHIUBERT CADET.

C'est de vous, mon cher monsieur Duparc, que j'attends ce premier client. Soyez mon père.

DUPARG.

Votre père!

PHILIBERT CADET

Oui, mon appui, mon protecteur; vous y trouverez votre compte.

DUPARG, à part.

Je m'y perds. (Haut.) Mais, monsieur, savez^vous biea quelle est l'existence d'un agent d'affaires?

PHILmBRT CADET.

Si je le sais? A huit heures chez les négociants, les banquiers et les jurisconsultes; à dix heures au palais et dans les ministères; à midi chez Tortoni ou quelque autre, suivant le quartier où l'on se trouve; à trois heures à la bourse ou au bois de Boulogne ; à six on a fait sa toilette et l'on dîne ; à huit au balcon ou au foyer de quelque spectacle; à toute heure et partout des affaires; et le lendemain on recommence.

DUPARG.

Voilà une journée bien remplie.

PHILIBERT CADET

Oui. On s'enrichit et on s'amuse. Gela me convient, car je veux gagner; pourquoi ? pour dépenser : la vie est si courte. Que je réussisse, et je

fais de ma maison le rendez-vous de tous les plaisirs.

DUPARG, à part.

Allons, allons. J'en ai assez entendu.

PHILIBERT CADET

£h bien I monsieur Duparc.

DUPARG.

Eh bieni monsieur, cet entretien a suffi pour fixer l'opinion que je dois avoir de vous.

PHILIBERT CADET, /lit serrant la main.

Je le crois et j'en suis enchanté. (A part.) Me voilà très bien dans l'esprit de Tancien notaire.

DUPARG, ù part.

Est-ce c^ue ce serait une mystification que Clairville aurait voulu nous faire?

PHILIBERT CADET

Ainsi, nous nous reverrons à Paris.

DUPARG.

Oui, à Paris.

PHILIBERT CADET

Aujourd'hui ne songeons qu'à rire. Nous sommes ici pour cela.

C'est vrai. [A part.) 11 ne m'amuse guère. Je sors, car je finirais par m'emporter. (A madame Deruigny^ qui paraît.) Causez avec lui, vous m'en direz des nouvelles. (// sort.)

Page 1