ACTE I, SOSNB YIII
enchanteur que Paris; y y aï fait deux Toyages dans ma \ie, de quinze jours chacun. M. de Senneville vivait dans ce temps-là; je m'y suis fort amusée, et ils n*ont pas été infructueux pour moi.
DESROCHES
On s'en aperçoit aisément, madame.
MADAME SENMBVILLB, toujours minaudant.
Trouvez-vous?
DELILLE
Vraiment, à vos manières, à vos discours, à /otre tournure...
MADAME SENNEVILLE
Mais franchement je n'aimerais pas à y demeurer, parce que la campagne... pour un cœur sensible... Ah! la campagne... C'est là que la nature, plus belle et plus riante, invite aux sentiments les plus doux et les plus purs... la verdure, les oiseaux, les ombrages, et les mœurs simples et rustiques vous rappellent... ah! la campagne a tant d'attraits I J'espère que vous me ferez l'honneur de fréquenter ma maison dans le court séjour que vous ferez dans notre ville. Je vis avec un oncle âgé et respectable, pour lequel je ne saurais avoir trop d'attentions; je lui dois mon éducation, et le peu que je vaux.
RIFLARD
On n'a pas plus de sensibilité que cette femme-là.
MADAME SENNEVILLE
Je vous retiens d'abord pour aujourd'hui ; on passe la soirée chez moi : vous connaissez sans doute quelques personnes?
DBSROCHES.
J'ai une lettre pour madame Guibert. Vous la connaissez?
MADAME SENNEVILLE
C'est ma meilleure amie, une femme charmante, une fille céleste, excellente musicienne, que sa mère voudrait bien voir établie; c'est tout naturel. Elle est un peu gauche, empesée, la chère madame Guibert; elle a bien eu quelques aventures du vivant du défunt; mais on a oublié tout cela : une si belle âmQ ! pas grand génie, et fort bavarde ; je l'aime de tout mon cœur. Vous me ferez l'amitié de venir dîner demain chez moi :
46 LJL PSTITB TILLB.
j*irai inviter aujourd'hui même madame Guibert et sa fille.
C'est que demain il nous faudra eontinuer notre route.
MADAME SKNNEVILLB.
Si tôt 1
DESROGHES, à DtliHe,
Tais-toi donc. (Haut,) Votre aimable invitation est un motif assez puissant...
MADAME SENNEVILLE
Vous en serez, monsieur Riflard?
RIFLARD, montrant sa carnassière, .
Vous me permettrez de vous offrir ma chasse; deux perdreaux rouges excellents.
MADAME SENNEVILLE
Toujours galant.
RIFLARD
11 faudra inviter M. Vernon et sa sœur.
MADAME SENNEVILLE
Y pensez- VOUS I un rival !
RIFLARD
Pauvre garçon I il ne s'attendait pas à m'avoir pour concurrent. S'il n'était pas si amateur de
Êrocès, si chicaneur de profession, ce serait un omme parfait : il fait des vers délicieux, et il parle comme il écrit, par sentences et par adverbes.
MADAME SENNEVILLE
Sa pauvre sœur commence à être sur le retour; quand elle sera tout à fait résignée à rester flUe, elle sera vraiment fort aimable. Allons, voilà qui est entendu; demain à trois heures; car chez moi c'est comme à Paris, et c'est la seule maison du pays où Ton ne dîne pas à une heure. Vous choisirez entre la bouillotte, le loto, le reversis, le bostonien, le maryland, le whisk ou les petits jeux à donner des gages. Mon oncle sera encnanté de renouer connaissance avec le neveu de son ami. Si vous restez seulement deux jours, vous viendrez à notre comédie de société; il y a des talents : nous jouons le Barbier de SMlle et la Gageure bnprévue.
RIFLARD
Vous verrez comme madame joue Rosine et madame de Glainviile.
▲CTI I, SCÂNB IX. 47
DBULLE.
Et VOUS, monsieur Riflard, ne jouBz-vouspas?
RIFLARD
L*Éternueur etrAlcade, par complaisance, parce qu'ordinairement je ne joue c[ue dans l'opéra, les Colins.
MADAME. 8BNNEVILLE.
Eh! mais, c'est M. Veruon qui vient de ce côté?
DELILI4B.
Qui? ce poète chicaneur dont vous nous pariiez à l'instant?
MADAME SENNEVILLE
Lui-même, (il Riflard,) J'espère que vous n'allez pas faire éclater, votre jalousie.
RIFLARD
Est-ce que j'ai sujet d'être jaloux?