‹ Théâtre choisi;Chapitre 110 sur 150 · GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE

GEORGE DANDIN

Le voilà qui vient rôder autour de vous.

ANGÉLIQUE

Eh bien ! est-ce ma faute ? Que voulezvous que j’y fasse?

GEO H GE DANDIN

Je veux que vous y fassiez ce que fait une femme qui ne veut plaire qu’à son mari. Quoi qu’on en puisse dire, les galants n’obsèdent jamais que quand on le veut bien. Il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait des mouches ; et les honnêtes femmes ont des manières qui les savent chasser d’abord.

ANGÉLIQUE

Moi, les chasser ! e par quelle raison? Je ne me scandalise point qu’on me trouve bien faite; et cela me fait du plaisir.

Oui! mais quel personnage voulez-vous que joue le mari pendant cette galanterie?

ANGÉLIQUE

Le personnage d’un honnête homme qui

GEORGE DANDIN

est bien aise de voir sa femme considérée.

GEORGE DANDIN

Je suis votre valet. Ce n’est pas là mon compte ; et les Dandins ne sont point accoutumés à cette mode-lâ.

ANGÉLIQUE

Oh! les Dandins s’y accoutumeront s’ils veulent; car, pour moi, je vous déclare que mon dessein n’est pas de renoncer au monde et de m’enterrer toute vive dans un mari. Comment ! parce qu’un homme s’avise de nous épouser, il faut d’abord que toutes choses soient finies pour nous, et que nous rompions tout commerce avec les vivants ! C’est une chose merveilleuse que cette tyrannie de messieurs les maris; et je les trouve bons de vouloir qu’on soit morte à tous les divertissements et qu’on ne vive que pour eux! Je me moque de cela, et ne veux point mourir si jeune.

GEORGE DANDIN

C’est ainsi que vous satisfaites aux engagements de la foi que vous m’avez donnée publiquement ?

Moi? je ne vous l’ai point donnée de bon cœur, et vous me l’avez arrachée. M’avezvous, avant le mariage, demandé mon consentement, et si je voulais bien de vous? Vous n’avez consulté pour cela que mon père et ma mère ; ce sont eux proprement qui vous ont épousé ; et c’est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toujours à eux des torts que l’on pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de vous marier avec moi, et que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n’être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés; et je veux jouir, s’il vous

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