ACTE I. SCÈNE V
CLÉANTE
Le mariage peut nous faire peur à tous deux, de la façon que vous pouvez l’entendre ; et nous craignons que nos sentiments ne soient pas d’accord avec votre choix.
HARPAGON
Un peu de patience. Ne vous alarmez point. Je sais ce qu’il faut à tous deux, et vous n’aurez, ni l’un ni l’autre, aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire; et, pour commencer par un bout, (A Clèante.) avez-vous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne logepasloin d’ici?
* CLÉANTE
Oui, mon père.
HARPAGON
Et vous?
ÉLISE
J’en ai ouï parler.
HARPAGON
Comment, mon fils, trouvez-vous cette fille?
* CLÉANTE
Une fort charmante personne.
HARPAGON
Sa physionomie?
CLÉANTE
Tout honnête et pleine d’esprit.
HARPAGON
Son air et sa manière ?
Admirables, sans doute.
HARPAGON
Ne croyez-vous pas qu’une fille comme cela mériterait assez que l’on songeât à elle?
CLÉANTE
Oui, mon père.
L' AVARE
HARPAGON
Que ce serait un parti souhaitable?
CLÉANTE
Très souhaitable.
HARPAGON
Qu’elle a toute la mine de faire un bon
ménage?
CLÉANTE
Sans doute.
HARPAGON
Et qu’un mari aurait satisfaction avec elle?
Assurément.
HARPAGON
Il y a une petite difficulté : c’est que j’ai peur qu’il n’y ait pas, avec elle, tout le bien qu’on pourrait prétendre.
CLÉANTE
Ah ! mon père, le bien n’est pas considérable, lorsqu’il est question d’épouser une honnête personne.
HARPAGON
Pardonnez moi, pardonnez-moi. Mais ce qu’il y a à dire, c’est que, si l’on n’y trouve pas tout le bien qu’on souhaite, on peut tâcher de regagner cela sur autre chose.
CLÉANTE
Cela s’entend.
HARPAGON
Enfin je suis bien aise de vous voir dans mes sentiments; car son maintien honnête et sa douceur nl’ont gagné l’âme, et je suis résolu de l’épouser, pourvu que j’y trouve quelque bien.
CLÉANTE
Hé!
HARPAGON
Comment?