‹ Théâtre choisi;Chapitre 19 sur 150 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

HARPAGON

C’est pour moi une épargne considérable.

VALÈRE

Assurément; cela ne reçoit point de contradiction. Il est vrai que votre fille vous peut représenter que le mariage est une plus grande affaire qu’on ne peut croire ; qu’il y va d’être heureux ou malheureux toute sa vie ; et qu’un engagement qui doit durer jusqu’à la mort ne se doit jamais faire qu’avec de grandes précautions.

HARPAGON

Sans dot!

VALÈRE

Vous avez raison. Voilà qui décide tout; cela s’entend. Il y a des gens qui pourraient vous dire qu’en de telles occasions l'inclination d’une fille est une chose, sans doute, où l’on doit avoir de l’égard, et que cette grande inégalité d’âge, d’humeur et de sentiments, rend un mariage sujet à des accidents très fâcheux.

Sans dot!

VALÈRE

Ah ! il n’y a pas de réplique à cela.Onle sait bien. Qui diantre peut aller là contre? Ce n’est pas qu’il n’y ait quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfaction de leurs filles que l’argent qu’ils pourraient donner ; qui ne les voudraient point sacrifier à l’intérêt, et chercheraient, plus que toute autre chose, à mettre dans un mariage cette douce conformité qui sans cesse y maintient l’honneur, la tranquillité et la joie ; et que...

HARPAGON

Sans dot !

VALÈRE

Il est vrai, cela ferme la bouche à tout. Sans

L’ AVARE

dot! Le moyen de résister à une raison comme celle-là !

harpagon , à part, regardant du côté du jardin.

Ouais ! il me semble que j’entends un chien qui aboie. N'est-ce point qu’on en voudrait à mon argent? (A Valère.) Ne bougez. Je reviens tout à l’heure.

Page 1