‹ Théâtre choisi;Chapitre 2 sur 150 · VALÈRE, ÉLISE · texte numérisé non relu

VALÈRE, ÉLISE

VALÈRE

Hé quoi ! charmante Elise, vous devenez mélancolique, après les obligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votre foi! Je vous vois soupirer, hélas ! au milieu de ma joie ! Est-ce de regret, dites-moi, de m’avoir fait heureux? et vous repentez-vous de cet engagement où mes feux ont pu vous contraindre?

ÉLISE

Non, Yalère, je ne puis pas me repentir de tout ce que je fais pour vous. Je m’y sens entraîner par une trop douce puissance, et je n’ai pas même la force de souhaiter que les choses ne fussent pas. Mais, à vous dire vrai, le succès me donne de l’inquiétude; et je crains fort de vous aimer un peu plus que je ne devrais.

VALÈRE

Hé! que pouvez-vous craindre, Elise, dans les bontés que vous avez pour moi?

Hélas! cent choses à la fois : l’emportement d’un père, les reproches d’une famille, les censures du monde; mais, plus que tout, Valère, le changement de votre cœur, et cette froideur criminelle dont ceux de votre sexe payent le plus souvent les

L’AVARE

témoignages trop ardents d’un innocent amour.

valère

Ah! ne me faites pas ce tort, de juger de moi par les autres. Soupçonnez-moi de tout, Elise, plutôt que de manquer à ce que je vous dois. Je vous aime trop pour cela ; et mon amour pour vous durera autant que ma vie.

ÉLISE

Ah! Valère, chacun tient les mêmes discours. Tous les hommes sont semblables par les paroles, et ce n’est que les actions qui les découvrent différents.

VALÈRE

Puisque les seules actions font connaître ce que nous sommes, attendez donc, au moins, à juger de mon cœur par elles, et ne me cherchez point des crimes dans les injustes craintes d’une fâcheuseprévoyance. Ne m’assassinez point, je vous prie, par les sensibles coups d’un soupçon outrageux, et donnez-moi le temps de vous convaincre, par mille et mille preuves, de l’honnêteté de mes feux.

ÉLISE

Hélas ! qu’avec facilité on se laisse persuader par les personnes que l’on aime ! Oui, Valère, je tiens votre cœur incapable de m’abuser. Je crois que vous m’aimez d’un véritable amour, et que vous me serez fidèle; je n’en veux point du tout douter, et je retranche mon chagrin aux appréhensions du blâme qu’on pourra me donner.

VALÈRE

Mais pourquoi cette inquiétude ?

ÉLISE

Je n’aurais rien à craindre si tout le

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