ACTE II, SCÈNE VI
HARPAGON
Tu as Tien fait, et je t’en remercie.
FROSINE
J’aurais, monsieur, une petite prière à vous faire. J’ai un procès que je suis sur le point de perdre, faute d un peu d’argent; (Harpagon prend un air sérieux.) et vous pourriez facilement me procurer le gain de ce procès, si vous aviez quelques bontés pour moi. ..Vous ne sauriez croire le plaisir qu’elle aura de vous voir. (Harpagon reprend un air gai.) Ah! que vous lui plairez ! et que votre fraise à l’antique fera sur son esprit un effet admirable ! Mais, surtout, elle sera charmée de votre haut-de chausses attaché au pourpoint avec des aiguillettes ; c’est pour la rendre folle de vous; et un amant aiguilleté sera pour elle un ragoût merveilleux.
Certes, tu me ravis de me dire cela.
FROSINE
En vérité, monsieur, ce procès m’est d’une conséquence tout à fait grande. (Harpagon reprend son air sérieux.) Je suis ruinée si je le perds, et quelque petite assistance me rétablirait mes affaires... Je voudrais que vous eussiez vu le ravissement où elle était à m’entendre parler de vous. (Harpagon reprend un air gai.) La joie éclatait dans ses yeux au récit de vos qualités; et je l’ai mise enfin dans une impatience extrême de voir ce mariage entièrement conclu.
HARPAGON
Tu m’as fait grand plaisir, Frosine; et je t’en ai, je te l’avoue, toutes les obligations du monde.
FROSINE
Je vous prie, monsieur, de me donner le petit secours que je vous demande. (Harpa-
l’avare
g on reprend son air sérieux.) Cela me remettra sur pied, et je vous en serai éternellement obligée.
HARPAGON
Adieu. Je vais achever mes dépêches.
FROSINE
Je vous assure, monsieur, que vous ne sauriez jamais me soulager dans un plus grand besoin.
HARPAGON
Je mettrai ordre que mon carrosse soit tout prêt pour vous mener à la foire.
FROSINE
Je ne vous importunerais pas, si je ne m’y voyais forcée par la nécessité.
HARPAGON
Et j’aurai soin qu’on soupe de bonne heure pour ne vous point faire malades.
FROSINE
Ne me refusez point la grâce dont je vous sollicite. Vous ne sauriez croire, monsieur, le plaisir que...
HARPAGON
Je m’en vais. Voilà qu’on m’appelle. Jusqu’à tantôt.
frosine, seule.
Que la fièvre te serre, chien de vilain, à tous les diables! Le ladre a été ferme à toutes mes attaques. Mais il ne me faut pas pourtant quitter la négociation; et j’ai l’autre côté, en tous cas, d’où je suis assurée de tirer bonne récompense.