‹ Théâtre choisi;Chapitre 44 sur 150 · MARIANE, FROSINE · texte numérisé non relu

MARIANE, FROSINE

MARIANE

Ah! que je suis, Frosine, dans un étrange état! Et, s’il faut dire ce que je sens, que j’appréhende cette vue!

FROSINE

Mais pourquoi? et quelle est votre inquiétude?

MARIANE

Hélas! me le demandez-vous? et ne vous figurez-vous point les alarmes d’une personne toute prête à voir le supplice où l’on veut l’attacher?

FROSINE

Je vois bien que, pour mourir agréablement, Harpagon n’est pas le supplice que vous voudriez embrasser; et je connais, à

l’avare 3

l’avare

votre mine, que le jeune blondin dont vous m’avez parlé vous revient un peu dans l’esprit.

MA RI A NE

Oui. C’est une chose, Frosine, dont je ne veux pas me défendre; et les visites respectueuses qu’il a rendues chez nous ont fait, je vous l’avoue, quelque effet dans mon âme.

FROSINE

Mais avez-vous su quel il est?

MARIANE

Non, je ne sais point quel il est, mais je sais qu’il est fait d’un air à se faire aimer; que, si l’on pouvait mettre les choses à mon choix, je le prendrais plutôt qu’un autre, et qu’il ne contribue pas peu à me faire trouver un tourment effroyable dans l’époux qu’on veut me donner.

FROSINE

Mon Dieu! tous ces blondins sont agréables, et débitent fort bien leur fait; mais la plupart sont gueux comme des rats ; et il vaut mieux, pour vous, de prendre un vieux mari qui vous donne beaucoup de bien. Je vous avoue que les sens ne trouvent pas si bien leur compte du côté que je dis, et qu’il y a quelques petits dégoûts à essuyer avec un tel époux; mais cela n’est pas pour durer ; et sa mort, croyez-moi, vous mettra bientôt en état d’en prendre un plus aimable, qui réparera toutes choses.

MARIANE

Mon Dieu! Frosine, c’est une étrange affaire, lorsque, pour être heureuse, il faut souhaiter ou attendre le trépas de quelqu’un ! Et la mort ne suit pas tous les projets que nous faisons.

FROSINE

Vous moquez-vous? Vous ne l’épousez

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