‹ Théâtre choisi;Chapitre 48 sur 150 · ACTE III, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XI

aventure où, sans doute, je ne m’attendais pas ; et mon père ne m’a pas peu surpris lorsqu’il m’a dit tantôt le dessein qu’il avait formé.

MARI ANE

Je puis dire la même chose : c’est une rencontre imprévue qui m’a surprise autant que vous; et je n étais point préparée à une pareille aventure.

CLÉANTE

Il est vrai que mon père, madame, ne peut as faire un plus beau choix, et que ce m’est une sensible joie que l'honneur de vous voir; mais, avec tout cela, je ne vous assurerai point que je me réjouis du des ein où vous pourriez être de devenir ma elle-mère. Le compliment, je vous l’avoue, est trop difficile pour moi; et c’est un titre, s’il vous plaît, que je ne vous souhaite point. Ce discours paraît brutal aux yeux de quelques-uns : mais je suis assuré que vous serez personne à le prendre comme il faudra; que c’est un mariage, madame, où vous vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance ; que vous n’ignorez pas, sachant ce que je suis, comme il choque mes intérêts; et que vous voulez bien enfin que je vous dise, avec la permission de mon père, que, si les choses dépendaient de moi, cet hymen ne se ferait point.

HARPAGON

Voilà un compliment bien impertinent!

Quelle belle confession à lui faire !

MARI ANE

Et moi, pour vous répondre, j’ai à vous dire que les choses sont fort égales; et que, si vous auriez de la répugnance à me voir votre belle-mère, je n’en aurais pas moins, sans doute, à vous voir mon beau-fils. Ne

l’avare

croyez pas, je vous prie, que ce soit moi qui cherche à vous donner cette inquiétude. Je serais fort fâchée de vous causer du déplaisir; et, si je ne m’y vois forcée par une puissance absolue, je vous donne ma parole que je ne consentirai point au mariage qui vous chagrine.

HARPAGON

Elle araison; à sofcompliment il fautune réponse de même. Je vous demande pardon, ma belle, de l’impertinence de mon fils. C’est un jeune sot qui ne sait pas encore la conséquence des paroles qu’il dit.

MARIANE

Je vous promets que ce qu’il m’a dit ne m’a point du tout offensée, au contraire, Il m’a fait plaisir de m’expliquer ses véritables sentiments. J’aime de lui un aveu de la sorte; et, s’il avait parlé d'une autre façon, je l’en estimerais bien moins.

HARPAGON

C’est beaucoup de bonté à vous de vouloir ainsi excuser ses fautes. Le temps le rendra plus sage, et vous verrez qu'il changera de sentiments.

CLÉANTE

Non, mon père, je ne suis point capable d’en changer, et je prie instamment madame de le croire.

HARPAGON

Mais voyez quelle extravagance ! il continue encore plus fort.

CLÉANTE

Voulez-vous que je trahisse mon cœur?

HARPAGON

Encore! Avez- vous envie de changer de discours?

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