L’AVARE, ACTE IV, SCÈNE I
solutions? Et, dans la dépendance où je me vois, puis-je former que des souhaits?
CLÉANTE
Point d’autre appui pour moi dans votre cœur que de simples souhaits? point de pitié officieuse? point de secourable bonté? point d’ affection agissante ?
MARIANE
Que saurais- je vous dire? Mettez-vous en ma place, et voyez ce que je puis faire. Avisez, ordonnez vous-même, j e m’en remets à vous; et je vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi que ce qui peut m’être permis par l’honneur et la bienséance.
CLÉANTE
Hélas I où me réduisez-vous, que de me renvoyer à ce que voudront permettre les fâcheux sentiments d’un rigoureux honneur et d’une scrupuleuse bienséance?
Mais que voulez-vous que je fasse? Quand je pourrais passer sur quantité d’égards où notre sexe est obligé, j’ai de la considération pour ma mère. Elle m’a toujours élevée avec une tendresse extrême, et je ne saurais me résoudre à lui donner du déplaisir. Faites, agissez auprès d’elle ; employez tous vos soins à gagner son esprit. Vous pouvez faire et dire tout ce que vous voudrez, je vous en donne la licence ; et, s’il ne tient qu’à me déclarer en votre faveur, je veux bien consentir à lui faire un aveu moi-même de tout ce que je sens pour vous.
CLÉANTE
Frosine, ma pauvre Frosine, voudrais-tu nous servir?
FROSINE
Par ma foi, faut-il le demander? Jelevou-
L’ AVARE
drais de tout mon cœur. Vous savez que de mon naturel je suis assez humaine. Le ciel ne m’a point fait l’âme de bronze, et je n’ai que trop de tendresse à rendre de petits services, quand je vois des gens qui s’entr’aiment en tout bien et en tout honneur. Que pourrions-nous faire à ceci?
GLÉANTE
Songe un peu, je te prie.
Ouvre-nous des lumières.
ÉLISE
Trouve quelque invention pour rompre ce que tu as fait.
FROSINE
Ceci est assez difficile. (A Mciriane.) Pour votre mère, elle n’est pas tout à fait déraisonnable; et peut-être pourrait-on la gagner, et la résoudre à transporter au fils le don qu’elle veut faire au père. (A Cléante.) Mais le mal que j’y trouve, c’est que votre père est votre père.
CLÉANTE
Cela s’entend.
FROSINE
Je veux dire qu’il conservera du dépit si l’on montre qu’on le refuse, et qu’il ne sera point d’humeur ensuite à donner son consentement à votre mariage. Il faudrait, pour bien faire, que le refus vînt de lui-même, et tâcher, par quelque moyen, de le dégoûter de votre personne.
CLÉANTE
Tu as raison.
FROSINE
Oui, j’ai raison; je le sais bien. C’est là ce qu’il faudrait; mais le diantre est d’en pouvoir trouver les moyens... Attendez. Si nous