‹ Théâtre choisi;Chapitre 65 sur 150 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

HARPAGON, criant au voleur dès le jardin.

Au voleur! au voleur! à l’assassin! au meurtrier! Justice, juste ciel! Je suis perdu, je suis assassiné; on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent. Qui peut-ce être? Qu’est-il devenu? Où est-il? Où se cache-t-il? Que feraije pour le trouver? Où courir? Où ne pas courir? N’est-il point là? N’est-il point ici? Qui

l’avare

est- ce? Arrête. (. A lui-même, se prenant par le bras.) Rends-moi mon argent, coquin!... Ah! c’est moi!. .. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que jetais. Hélas! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m’a privé de toi! Et, puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde! Sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait! je n’en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris? Hé ! que dites-vous? Ce n’est personne! Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu’avec beaucoup de soin on ait épié l’heure; et l’on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute ma maison: à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! âe quoi est-ce qu’on parle là ? de celui qui m’a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut?Estce mon voleur qui y est? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché là parmi vous? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part, sans doute, au vol que l’on m’a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde; et, si je ne trouve mon argent, je me pendrai moi-même, après.

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