‹ Théâtre choisi;Chapitre 92 sur 150 · ACTE I, SG f NE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SG f NE IV

MADAME DE SOTENVILLE

Mon Dieu! notre gendre, que vous avez peu de civilité, de ne pas saluer les gens quand vous les approchez !

GEORGE DANDIN

Ma foi, ma belle mère, c’est que j’ai d’autres choses en tête ; et...

MADAME DE SOTENVILLE

Encore! Est-il possible, notre gendre, que vous sachiez si peu votre monde, et qu’il n'y aitpas moyen de vous instruire de la manière qu’il faut vivre parmi les personnes de qualité ?

GEORGE DANDIN

Comment ?

MADAME DE SOTENVILLE

Ne vous déferez-vous jamais avec moi de la familiarité de ce mot de ma belle-mère? et ne sauriez-vous vous accoutumer à me dire madame?

GEORGE DANDIN

Parbleu ! si vous m’appelez votre gendre, il me semble que je puis vous appeler ma belle-mère.

MADAME DE SOTENVILLE

Il y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales. Apprenez, s’il vous plaît, que ce n’est pas à vous à vous servir de ce mot-là avec une personne de ma condition; que, tout notre gendre que vous soyez, il y a grande différence de vous à nous, et que vous devez vous connaître.

C’en est assez, m’amour; laissons cela.

MADAME DE SOTENVILLE

Mon Dieu ! monsieur de Sotenville, vous avez des indulgences qui n’appartiennent qu’à vous, et vous ne savez pas vous faire rendre par les gens ce qui vous est dû.

GEORGE DANDIN

M. DE SOTEN VILLE

Corbleu! pardonnez-moi, on ne peut point me faire de leçons là-dessus, et j’ai su montrer en ma vie, par vingt actions de vigueur, que je ne suis point homme à démordre jamais d'un pouce de mes prétentions ; mais il suffit de lui avoir donné un petit avertissement. Sachons un peu mon gendre, ce que vous avez dans l’esprit.

GEORGE DANDIN

Puisqu’il faut donc parler catégoriquement, je vous dirai, monsieur de Sotenville, que j’ai lieu de...

M. DE SOTENVILLE

Doucement, mon gendre, apprenez qu’il n’estpas respectueux d’appeler les gens par leur nom, et qu’à ceux qui sont au-dessus de nous, il faut dire monsieur tout court.

GEORGE DANDIN

Eh bien ! monsieur tout court, et non plus monsieur de Soten ville, j’ai à vous dire que ma femme me donne...

Tout beau, apprenez aussi que vous ne devez pas dire ma femme quand vous parlez de notre fille.

GEORGE DANDIN

J’enrage ! Comment ! ma femme n’est pas ma femme?

MADAME DE SOTENVILLE

Oui, notre gendre, elle est votre femme; mais il ne vous est pas permis de l'appeler ainsi, et c’est tout ce que vous pourriez faire si vous aviez épousé une de vos pareilles.

GEORGE DANDIN, à part.

Ah! George Dandin ! où t’es-tu fourré?

{Haut.) Hé ! de grâce, mettez pour un moment votre gentilhommerie de côté, et souf-

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