‹ Théâtre choisi;Chapitre 97 sur 150 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

votre mari que je suis amoureux de vous?

ANGÉLIQUE

Moi? Hé! comment lui aurais-je dit? Estce que cela est? Je voudrais bien le voir, vraiment, que vous fussiez amoureux de moi! Jouez-vous-y, je vous en prie; vous trouverez à qui parier : c’est une chose que je vous conseille de faire. Ayez recours, pour voir, à tous les détours des amants; essayez un peu, par plaisir, à m’envoyer des ambassades, à m’écrire secrètement de petits billets doux, à épier les moments que mon mari n’y sera pas, ou le temps que je sortirai pour me parler de votre amour : vous n’avez qu’à y venir, je vous promets que vous serez reçu comme il faut.

CLITANDRE

Hé ! là, là, madame, tout doucement, il n’est pas nécessaire de me faire tant de leçons, et de vous tant scandaliser. Qui vous dit que je songe à vous aimer?

Que sais-je, moi, ce qu’on me vient conter ici?

CLITANDRE

On dira ce que l’on voudra ; mais vous savez si je vous ai parlé d’amour lorsque je vous ai rencontrée.

ANGÉLIQUE

Vous n’aviez qu’à le faire, vous auriez été bienvenu !

CLITANDRE

Je vous assure qu’avec moi vous n’avez rien à craindre; que je ne suis point homme à donner du chagrin aux belles; et que je vous respecte trop, et vous, et messieurs vos parents, pour avoir la pensée d’être amoureux de vous.

GEORGE DANDIN

madame de sotenville, à George Dandin.

Eh bien! vous le voyez.

M. DE SOTENVILLE

Vous voilà satisfait, mon gendre. Que dites-vous à cela?

GEORGE DANDIN v

Je dis que ce sont là des contes à dormir debout; (jue je sais bien ce que je sais ; et que tantôt, puisqu’il faut parler net, elle a reçu une ambassade de sa part.

Moi? j’ai reçu une ambassade?

CLITANDRE

J’ai envoyé une ambassade?

ANGÉLIQUE

Claudine?

clitandre, à Claudine.

Est-il vrai?

CLAUDINE

Par ma foi, voilà une étrange fausseté!

GEORGE DANDIN

Taisez-vous, carogne que vous êtes. Je sais de vos nouvelles; et c’est vous qui, tantôt, avez introduit le courrier.

CLAUDINE

Qui? moi?

GEORGE DANDIN

Oui, vous. Ne faites point tant la sucrée.

CLAUDINE

Hélas ! que le monde aujourd’hui est rempli de méchanceté, de m’aller soupçonner ainsi, moi qui suis l’innocence même!

GEORGE DANDIN

Taisez-vous, bonne pièce. Vous faites la sournoise, mais je vous connais il y a longtemps; et vous êtes une dessalée.

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