‹ Théatre choisiChapitre 108 sur 471 · ACTE 111, SCÈNE VI. lOS · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE VI. lOS

JULIE

Que faisiez-vous de votre argent ? Ton maître jouait-il ?

CRISPIN

Souvent, et faisait de gros gains ; mais il metlait tout à la caisse ; pour moi, j'escamotais de temps en temps quelque vingtaine de pistoles que je mettais dans ma caisse à moi. Oh ! j'exerçais bien le talent de partager le bien d'autrui. Quand la caisse fut bien pleine, mon maître voulut partager pour s'en revenir, et proposa la chose au banquier de la Garonne ; il nous promit que deux jours après, sans faute, il nous ferait notre part.

NÉRINE

Boni

CRISPIN

En effet, deux jours après, il emporta l'argent, et nous laissa la caisse.

NÉRINE

Le fripon 1

CRISPIN

Jamais caisse ne fut plus nette.

Après cela, vous revîntes en France, apparemment?

CRISPIN

Oui, sur mes crochets.

NÉRINE

C'est-à-dire, aux dépens de ta caisse à toi.

CRISPIN

Justement. Nous volâmes à Bordeaux pour chercher notre homme ; il était de cette ville-là : nous crûmes l'y trouver, mais il n'y était point. Mon maître, pour se venger, du moins en le déshonorant, publia le tour qu'il nous avait joué. Un aigrefin, parent de l'associé, voulut prendre son parti, et chercha querelle à Léandre. Léandre était de mauvaise humeur ; il régala le parent d'un soufflet. Le parent mit l'épée à la main, il paya pour notre associé.

JULIE

Gomment donc ?

104 l'obstacle imprévu.

CRISPIN

Mon maître l'envoya dans Tautre monde, pour savoir si son parent ne s*y était point caché.

JULIE

Juste ciel !

Nous décampâmes au plus vite ; et, pour nous sauver, nous changeâmes d'habits et de nom. Enfin, après quelques autres aventures, nous avons trouvé un séjour heureux, où, sous nos noms empruntés, nous nous sommes enrichis considérablement. Mais voici mon maître qui vous dira le reste.

Page 1