ACTE m, SCèffE TII
JULIE
Et les miens aussi.
CRISPIN
Nérine, prends pour toi tout ce qu'il dit à Mademoiselle, et je prends pour moi tout ce qu'elle lui répond.
NÉRINE, à part.
Que je suis malheureuse !
JULIE
J*ai su vos aventures, elles sont singulières. La meilleure, c*est que vous avez fait fortune.
LÉANDRE
Pouvais-je j^ manquer ? L'amour me guidait, et Ton vient toujours à bout de ce que Ton entreprend sous ses auspices. Mais, belle Julie, votre oncle serait-il mort ? Est-ce de lui que vous portez le deuil ?
JULIE
Non, je porte le deuil de ma mère ; elle est morte depuis un mois.
LÉANDRE
Je vous en félicite ; car, selon ce que vous m'avez toujours dit, c'était la plus mauvaise mère du monde.
Elle ne Ta que trop prouvé. Mais, Léandre, vous voilà dans un équipage bien lugubre. Portez-vous aussi le deuil ?
LÉANDRE
Ne VOUS Fa-t-il pas dit ?
CRISPIN
Non. J'ai conté toutes vos aventures, hors la dernière. Je Tai laissée pour la bonne bouche.
JULIE
Êtes- VOUS en deuil, encore une fois ?...
LÉANDRE
Oui.
JULIE
Et de qui ?
LÉANDRE
De ma femme.
JULIE
De votre femme ? Ah ! infidèle, vous êtes veuf?
106 l'obstacle imprévu.
CRISPIN
Oui, Dieu merci : mais ne vous fâchez point ; ce mariage-là ne lui a pas fait faire la moindre inûdélité. N'est-il pas vrai, Monsieur?
Oh 1 je vous en réponds !
JULIE
Vous vous êtes marié ?
LÉANDRE
Que vouliez-vous que je fisse ? J'arrive dans une ville de province, sous un nom supposé : je m'y trouve sans un sou, je n'ai pas la moindre ressource.
CRISPIN
Une jeune et tendre poulette, âgée de soixante et dix ans, devient subitement amoureuse de lui...
LÉANDRE
Elle était puissamment riche : elle me donne tout son bien, si je veux l'épouser ; je l'épouse, parce que je compte qu'elle n'a pas deux ans à vivre...
CRISPIN
Pour vous rejoindre plutôt, au bout de six mois, nous la ruinons, et nous l'enterrons, qui plus est.
LÉANDRE
J'arrive ici chargé de ses dépouilles...
CRISPIN
Qu'il a fort mal gagnées, par parenthèse.
LÉANDRE
Je viens les déposer à vos pieds, et vous me blâmez de ce que j'ai fait?
Ma foi, il n'y a pas de justice à cela.
JULIE
Je ne puis m'empôcher de rire de cette aventure ; et je la trouve tout à fait plaisante.
NÉRINE
Il faut lui pardonner pour l'invention.
JULIE
Je lui pardonne aussi du meilleur de mon cœur. Mais voici le maître de la maison.