CRISPIN, NÉRINE
NÉRINE
Que je les plains! Ils me font pitié, les pauvres enfants.
CRISPIN
Et à moi aussi. Il y a pourtant quelque chose d'agréable pour moi dans cette aventure. Léandre est aussi malheureux que je le suis : nous nous désespérerons de compagnie, et nous pleurerons tant ensemble, qu'à la fin, nous n'aurons plus la force de nous alfliger.
NÉRINE
Comment, vous mourrez?
132 l'obstacle imprévu.
CRISPIN
«Non, nous nous consolerons.
Ah, traître ! Tu m'oublieras donc?
CRISPIN
Ma foi, que veux-tu que je te dise? J'ai peur que ton mari ne vive trop longtemps, et il faut que je fasse une fin. Je suis déjà si fou d affliction I Vois-tu ? chacun a son tempérament. Les uns sont propres à s'abreuver de larmes, et à se nourrir de lamentations; pour moi, cela méfait maigrir. La joie est mon aliment. Depuis que je sais que tu es mariée, j'ai fait mon possible pour mourir de douleur. Tiens, mon enfant, je ne m'en porte que mieux; j'en enrage, mais ce n'est pas ma faute si je suis fait pour vivre.
NÉRINE
Oui ! Tu le prends sur ce ton-là? Oh bien ! puisque tu as si peu de délicatesse, je sais bien qui j aimerai pour me venger de toi.
CRISPIN
Et qui aimeras-tu?
NÉRINE
J'aimerai mon mari.
CRISPIN
Je t'en défie. Mais laissons tout cela : nous allons nous quitter pour longtemps, car mon maître va partir tout à l'heure. De quelle manière veux-tu que nous nous séparions? Entre gens sensés qui s'aiment tendrement, il y a une certaine façon de prendre congé l'un de'l'aulre, qui ne laisse que d'agréables idées. Ces adieux.... tu m'entends bien, te vengeraient de la jalousie de Pasquin, et moi, du chagrin que j'ai de le voir ton mari. D'ailleurs, tu te souviens du marché que nous avons fait : ce seraient des arrhes que tu me donnerais ; et après le tour que tu m'as joué, ma chère, il est bon, qu'en partant, j'aie mes sûretés.
NÉRINE
Merci de ma vie. Pour qui me prends-tu?
CRISPIN
Eh mais, je le prends.... je te prends pour une femme I