ACTE V, SCÈNE I
ferez-vous comprendre que la 611e de votre frère....
LYCANDRE.
Eh bien ! tenez, voilà ce qui vous trompe encore. Julie n'est point ma nièce.
LISIMON.
Elle n'est point votre nièce? Elle n'est pas fille de la comtesse de la Filandière, remariée en troisièmes noces au prétendu baron de Saint-Aubin ?
LYCANDRE.
Non. Et ce qui va mettre le comble à votre étonnement, c'est que Julie est ma fille, à moi.
LISIMON.
Elle est votre fille? Et vous n'avez jamais été marié !
LYCANDRE.
Désabusez-vous. J'avais épousé secrètement la fille aînée du duc de Sorriento, quoique je ne fusse que l'écuyer de ce seigneur.
LISIMON.
Oh ! Pour le coup, je tombe des nues !
LYCANDRE.
Une autre fois, je vous conterai plus au long tous les détails de cette aventure surprenante. Quoique je sois né gentilhomme, j'avais si peu droit de prétendre à la fille de ce seigneur, que nous n'osâmes lui donner part de notre mariage, et que nous résolûmes de le tenir secret, le plus longtemps qu'il nous serait possible : mais mon bonheur ne dura que jusqu'à la naissance de Julie. Ma femme mourut peu de jours après l'avoir mise au monde. La douleur que me causa celte perte irréparable, la crainte que j'eus qu'on n'en découvrît la cause, et qu'une puissante famille ne me sacrifiât à son ressentiment, l'humeur violente et vindicative du père et du frère de mon épouse, qui ne m'auraient jamais pardonné ce mariage ; tout cela me fit prendre le parti d'aller aux Indes, après avoir confié mon mariage à mon frère et à sa femme, et les avoir priés de se charger de ma fille et de l'élever, en la faisant passer pour la leur; ce qui ne leur fut pas difficile, parce qu'ils vivaient à la campagne, et que ma belle-sœur était sur le point d'accoucher. Voilà tout le mvstère débrouillé.
136 l'obstacle imprévu.
LISIMON.
Il a tout l'air d'un roman, ce mystère-là, et si je ne vous connaissais pas pour un homme sage et véridique, je m'imaginerais que vous me contez vos visions, ou que vous me régalez d'une fable de votre invention.
LYCANDRK.
Dans un moment, vous verrez ici la veuve dont je vous parle. Je lui ai donné des preuves si certaines de ce que je viens de vous dire, qu'elle veut embrasser ma fille avant que d'entrer au couvent. Celte dame va venir ici la reconnaître pour sa nièce, et lui remettre en même temps sou testament et ses pierreries.
LISIHON.
Il n'y a plus moyen de douter de vos discours, et je. veux être présent à cette reconnaissance.
LYCANDRE.
Il ne tiendra qu'à vous.
LISIMON.
Mais tout ceci supposé, Julie peut donc épouser Léandre?
LICANDRE.
Elle le peut si bien, que l'affaire se conclura dès ce soir. Je viens d'envoyer chercher le père de ce jeune homme; et je l'attends à chaque instant pour convenir avec lui des articles du contrat. Je me fais un sensible plaisir, je l'avoue, de surprendre agréablement cet ancien ami, en faisant la fortune de son fils.
LISIMON.
L'action est très louable. Il faut au plutôt désabuser Léandre et Julie ; car ils sont tous deux au désespoir, et sur le point de se séparer pour jamais.
LYCANDRE.
Il nous sera facile de Tempêcher.
Nous ferons deux noces à la fois; celle de Léandre et de Julie, et celle d'Angélique et de mon fils.
LYCANDRE.
Faisons avertir votre notaire.