ARISTE, MÉLITE
ARISTE, apercevant sa jemme»
Comment! c'est vous?
MÉLITE
Mon Dieu! d'où vient cette frayeur?
Est-ce donc que ma vue inspire tant d'horreur?
ARISTE. [l'être :
Eh non! Vous m'êtes chère autant qu'on puisse Mais dans mon cabinet dcvriez-vous paraître? Je vous ai fait prier de ne pas y venir.
MÉLITE
Oui; mais j'avais dessein de vous entretenir Sur un fait important, auquel il faut mettre ordre.
ARISTE
De ce que vous voulez rien ne vous fait démordre.
MÉLITE
Devez-vous me blâmer si je cherche à vous voir? Je contente mon goût, et je fais mon devoir.
ARISTE
Le devoir d'une femme est d'être complaisante.
Tranchez le mot, mon cher, dites obéissante. Vous n'aimez d'un mari que son autorité : Je lui dois immoler toute ma liberté. .
« ARISTE
Il n'est point question d'un pareil sacrifice. Me traiter de tyran, c'est me faire injustice; J'exige des égards, et non pas des respects : Cachez notre secret par des soins circonspects. C'est tout ce que je \cux de votre complaisance. Et vous obtiendrez tout de ma reconnaissance.
MÉLITE
Vous distraire un moment, est-ce vous ofiTenser?
ARISTE
Si quelqu'un survenait, que pourrait-il penser?
MÉLITE
Eh mais! il penserait... Après tout, que m'importe?
ARISTE
Ciel ! peut-on de sang-froid m'assommer de la sorte? Que vous importe? Eh quoi! pouvez-vous oublier Le motif qui m'engage à ne rien publier?... Que dis-je, qui me force à tout mettre en usage Pour ôter tout soupçon de notre mariage?
MÉLITE
Cela ne se peut pas.
ARISTE
Non, si vous en parlez.
Pour moi, je m'asservis à ce que vous voulez. Mais comment empêcher que le monde ne voie?
ARISTE
Tout va se découvrir.
MÉLITE
Que j'en aurais de joie!
ARISTE
Toujours contrarier!
MÉLITE
Vous avoir pour époux Est un bonheur pour moi si touchant et si doux, Il me flatte à tel point, j'en suis si glorieuse, Que, s'il était connu, je serais trop heureuse. Si je suis criminelle en marquant ce désir, Mon crime, je l'avoue, est mon plus grand plaisir.