‹ Théatre choisiChapitre 174 sur 471 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

GÉRONTE

Je suis fâché, vraiment, de troubler vos travaux. Vous philosophez bien. Qui sont ces créatures?

ARISTE

Mon oncle, s'il vous plaît, supprimez les injures. Ce sont...

GÉRONTE

Quoi?

ARISTE, à part.

Je ne sais que lui dire.

GÉRONTE

Morbleu !

Achevez donc.

ARISTE

Et vous, modérez votre feu :

Je vous l'ai dit cent fois, votre bile s'échauffe...

GÉRONTE

Vous êtes un fripon, monsieur le philosophe; Vous voulez éluder un éclaircissement :

Mais il faut me répondre, et positivement.

ARISTE

Oui, je vous répondrai, la chose m'est facile : Maisjevoudrais vous voir d'une humeur plustran-

[quillc.

GÉRONTE

Ventrebleu !

ARISTE

Doucement, ou je ne dirai mot.

Il faut...

GÉRONTE

Prétendez- vous me traiter comme un sot?

ARISTE

Non; vous avez, mon oncle, un esprit vif et juste; Vous jouissez encor d'une santé robuste; Vous avez de gros biens.

GÉRONTE

Ah!

ARISTE

Vous êtes d'un sang Qui peut vous égaler aux gens du plus haut rang.

GÉRONTE

Répondez-moi.

ARISTE

De plus, vous avez l'avantage De n avoir point d'enfants, de goûter le veuvage.

Au fait.

ARISTE

Et de jouir de cette liberté Qui des gens de bon sens fait la félicité.

GÉRONTE

Bourreau I

ARISTE

Votre neveu vous respecte et vous aime; Cependant, au milieu de ce bonheur extrême...

GÉRONTE

Ce traître de neveu, qui m'aime et me chérit, Par son maudit caquet me fait tourner Tesprit.

ARISTE

Mais...

GÉRONTE

Dis encore un mot, et je te déshérite,

ARISTE

Je m'en vais, puisque enûn mon discours vous îr-

GÉRONTE. [rite.

Non : il faut m'éclaircir, et m'apprendre à l'instant Qui sont ces belles.

ARISTE

Soit; je vous rendrai content.

Elles sont sœurs.

Ensuite ?

ARISTE, ayant un peu rêvé.

Elles sont de Bretagne.

GÉRONTE

Fort bien.

ARISTE

Elles partaient pour aller en campagne; Et fort innocemment... je leur disais adieu, Quand vous êtes venu nous surprendre en ce lieu. Voilà tout.

GÉRONTE

Hom! je viens pour affaire importante.

Et qui sera pour vous assez réjouissante.

;' ARISTE

Le fait, en quatre mots ; j'ose vous en prier. Mon oncle.

GÉRONTE

Mon neveu, je viens vous marier.

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