SCÈNE II
ARÏSTE, LE MARQUIS.
ARISTE
Marquis, vous m'excusez, je croi?
Si mon oncle indiscret...
LE MARQUIS
Vous moquez-YOus de raoi?
Je n'ai que trop senti votre embarras extrême : J'entrais dans votre peine aussi bien que vous-
ARisTE. [même.
Me venir relancer jusqu'en mon cabinet!
Crier! nous interrompre! et vous brusquer tout net. Je ne puis y penser sans en mourir de honte.
LE MARQUIS
Avcz-vous conclu?
Non; nous sommes loin de compte.
Avec sa belle-fille il prétend me lier.
LE MARQUIS
Vous n'êtes pas si sot que de vous marier. \^ Que la philosophie est un grand avantage! \ Personne mieux que vous n'en a su faire usage.
/ ' ARISTE, à part.
Il me raille; aurait-il découvert mon secret?
(au marquis.)
Il est vrai que souvent, d'un ton fort indiscret,
iOO V.E PHILOSOPHE MARIÉ,
Sur les pauvres maris j*ai lancé la satire.
LE MARQUIS
Comment! en leur faveur voulez-vous vous dédire?
ARISTE
Oui; leur élat commence à me faire pitié!
LE MARQUIS
Ah ! mon pauvre garçon, seriez-vous marié? [croire, Il court de certains bruits... Mais je ne puis les Et j'ai querellé ceux qui forgeaient cette histoire.
Et vous avez bien fait; je vous suis obligé.
LE MARQUIS
Je ne saurais souffrir de vous voir outragé.
ARISTE
Outragé, dites-vous? Quelle est votre pensée? Ma réputation serait-elle blessée, Si je...
LE MARQUIS
Votre sagesse a fait un tel éclat Vous avez si souvent loué le célibat.
Vous avez tant raillé, déploré la folie De tout homme d'esprit qui pour jamais se lie, Vous avez en public si hautement fait vœu De vivre philosophe et garçon, que, pour peu Qu'il vous soupçonne enfin d'avoir faille contraire. Avec tout ce public vous aurez une affaire : Filles, femmes, maris, toutes sortes de gens, A la ville, à la cour, vont rire à vos dépens.
ARISTE
(à part.)
Ils auraient bien raison. Je suis mort, s'il découvre Que je suis marié.
LE MARQUIS
Vous voyez que Je m'ouvre Librement avec vous.
ARISTE
Oui, je le vois fort bien.
LE MARQUIS
Mclite est votre amie, et rien de plus?
Non, rien.
LE MARQUIS
3e l'ai toujours bien dit; et je soutiens encore Qu'on peut vous avouer qu'on l'aime, qu'on l'adore.