ACTE III, SCÈNE VII
LE MARQUIS
Déjà depuis longtemps, je Tavoue à regret, Mon cœur vous rend, madame, un hommage se-
cÉLiANTE. [cret.
(à part.j [au marquis,)
Oh! je m'en doutais bien. Un penchant légitime Pour vous depuis longtemps m inspire de l'estime.
LE MARQUIS
Votre estime, madame, est-elle le seul prix Qui dût récompenser un cœur vraiment épris?
CÉLIANTE.
Vous vous piquez, marquis, de tant d'indifférence, Que lorsqu'on vous estime, on fait beaucoup,"^ je
LE MARQUIS. [peUSC.
Mais si je me rendais à vos divins appas, " Si je vous l'avouais?
GÉLIANTE.
Je ne le croirais pas.
LE MARQUIS
Pourquoi voudrîez-vous refuser de me croire?
CÉLIANTE, se cachant de son éventail.
C'est que je n'oserais prétendre à tant de gloire.
LE MARQUIS
Ah ! ne rougissez point d'un si charmant aveu. Et daignez l'achever pour prix du plus beau feu...
CÉLIANTE, minaudant,
Ehl de grâce, marquis, finissez ce langage; Vous feignez de m'aimer, et n'êtes qu'un volage.
LE MARQUIS
Je vous aime, et je veux vous aimer constamment.
{ù part,)
On ne peut pas mentir plus intrépidement.
CÉLIANTE.
Je n'ose vous promettre une égale tendresse ; Mais je sens que pour vous mon cœur parle et s'em- U me dit... [presse.
LE MARQUIS
Que dit-il?
" CÉLIANTE, ù part.
Il dit que j'ai menti.
LE MARQUIS,' û par/.
Par ma foi, je la tiens.
CÉLIANTE, à part.
Le voilà converti.
LE MARQUIS, à pari.
Qu'une femme coquette est facile et crédule î
CÉLIANTE, à part.
Oh ! qu'un amant novice est fade et ridicule î
LE MARQUIS
Vous venez de tomber dans les réflexions?
CÉLIANTE.
Je méditais à part sur vos perfections.
LB MARQUIS
Et je me récriais en secret sur les vôtres.
DAMON, se jetant tout d*un coup entre deux.
Je croyais vos deux cœurs plus braves que les autres; Mais, dès le premier choc, ils se rendent tous deux.
CÉLIANTE, ù part.
Bon. Le voilà jaloux, et c'est ce que je veux,
[à Damon,)
Vous avez entendu?...
Tout ce qu'on vient de dire.
LE MARQUIS, â part.
Mélite le saura, c'est ce cjue je désire : Peut-être le dépit produira son effet, (à Damon.)
De votre procédé je suis peu satisfait.
DAMON
Quoi, monsieur?
CÉLIANTE, cru marquis.
Excusez un trait de jalousie.
DAMON
Non. je ne donne point dans cette frénésie.
CÉLIANTE, à Damon,
Vous n'êtes pas jaloux?
DAMON
Moi, jaloux? Et pourquoi?
CÉLIANTE.
L'impudent !
DAMON
Je n'ai point compté sur votre foi.
CÉLIANTE, à part.
Ah! le traître!
Et tout homme aura peu de cervelle, S'il ose se flatter de vous rendre fiaèle. Rien n'est plus naturel que votre changement : Je le vois sans douleur et sans étonnement.