ACTE III, SCÈNE XIII
GÉRONTE
Philosophe imbécile! Un père, d'ordinaire, A son fils tout au moins fournit le nécessaire. Ici, tout au rebours : le fils, depuis dix ans...
LISIMOX.
Je suis plus glorieux de vivre à ses dépens Que s'il vivait aux miens. Oui, ma vive tendresse / Se complaît à le voir l'appui de ma vieillesse; / Sentiments inconnus à votre mauvais cœur.
GÉRONTE
Mais qui vous a rendu si pauvre ?
LISIMON. .
Mon honneur.
GÉRONTE
Jargon qu'on n'entend point, quoiqu'il frapjpe l'o-
LisiMON. freillc.
Mais celui de profit vous frappe et vous réveille Avant le point du jour. Moi, dans ma pauvreté, » J'ai songé qui j'étais et me suis respecté. /
Des malheurs imprévus ont causé ma ruine, /
Sans me faire oublier une noble origine. ^
VMais vous, vous avez fait, devenu financier, D'un pauvre gentilhomme un riche roturier.
GÉRONTE
Ah! vous voilà bien gras avec votre chimère! Pour vous, le roturier fait l'office de père, A ce filsbien-aimé vous ne laisserez rien; Et moi, je le marie et lui laisse un gros bien. Blesserai-je par là votre délicatesse?
LISIMON.
Non, l'action est belle et vous rend la noblesse. Mais qui lui faites-vous épouser?
GÉRONTE
Un parti Avec qui notre sang sera bien assorti : \
C'est la fille, en un mot, de ma défunte femme. \
LISTMON.
Je ne puis qu'applaudir; car c'était une dame D'un très-illustre nom, comme feu son époux. Pour former ce lien, réconcilions-nous, [joio
iMon frère. Et vous, mon fils , soyez sûr que ma Est égaie au bonheur que le ciel vous envoie,
ARISTE
Un obstacle invincible en empêche l'efiet.
LISTMON.
Point d'obstacle, mon fils, je suis trop satisfait;
Mais la fille est si jeune ; et vous savez...
GÉRONTE
J'enrage.
Ventrebleu! mon neveu, craignez-vous qu'à son
LisiMON. [âge-
Sottise î Pour la noce allons tout préparer.
ARISTE
Il ne manquait que lui pour me désespérer.