ACTE V, SCENE I. 22*j
Pourvu que je sois loin, rien ne me touchera.
DAMON
Quoi ! cet esprit nourri de la sagesse antique Se perd quand il s'agit de la mettre en pratique?
ARISTE
Je vous Tai dit souvent ; les sages autrefois, De la seule vertu reconnaissant les lois, Loin de fuir la douleur comme un affreux supplice, Non contents de la vaincre, en faisaient leur délice. Les plus sanglants affronts, les plus cruels mépris, Ne pouvaient un instant ébranler leurs esprits : immobiles rochers, ils défiaient l'orage. J'admire leur exemple, et n'ai pas leur courage.
DAMON
Bt moi, je vous réponds que vous l'égalerez Dos le môme moment que vous vous calmerez.
ARISTE
jEh! comment me calmer au fort de ma disgrâce? Je voudrais qu'un instant vous fussiez à ma place, •En butte à mille affronts pires que le trépas : Un front à triple airain ne les soutiendrait pas» A peine quelques gens savent mon mariage, iQu'au môme instant sur moi je vois fondre un orage, Un déluge d'écrits, tant en prose qu'en vers. Qui vont à mes dépens réjouir l'univers. Et que sera-ce donc quand la cour et la ville...?
DAMON
Pour parer tous ces traits, soyez ferme et tranquille C'est le meilleur parti.
ARISTE
Je le sens comme vous.
Mais pourriez-vous tenir contre de pareils coups? Lisez.
[U présente plusieurs papiers à Damon,)
DAMON
Bon! jeux d'esprit et pures bagatelles!
ARISTE
Morbleu ! ce sont pour moi des blessures mortelles: L'équitable public me rend ce qu'il me doit. On va me rire au nez et me montrer au doigt ; Je n'y pourrais survivre : une retraite obscure Me sauvera du moins cette triste aventure.
DAMON
Et Mélite?
AHISTE.
Dans peu Mélite me suivra.
DAMON
Croyez qu'à ce dessein elle s'opposera.
ARISTE
En dépit d'elle-même, il faut qu'elle y consente. Ma disgrâce est TefTet de sa langue imprudente : A mes cruels chagrins Je prétends qu'elle ait part; Et je vais la résoudre a souffrir mon départ. Holà! quelqu'un!