‹ Théatre choisiChapitre 258 sur 471 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Devrait me réjouir; et c'est précisément Ce qui m'aflQige.

YALÈRE.

Oh ! oh ! le trait, sur ma parole.

Est des plus surprenants.

USETTE.

^ Vous m'allez croire folle, Sur ce que je vous dis; et cependant ce trait D'uu excès de sagesse est peut-être Teffet.

VALÊRE.

Je ne vous comprends point. Expliquez ce mystère.

LISETTE

Cela m'est défendu; mais je ne puis me taire; Et quoique Ton m'ordonne un silence discret, Je sens bien que pour vous je n'ai point de secret. Je soutiens avec peine un fardeau qui me lasse.

VALÈRE

A la tentation succombez donc,de grâce.

C'est le meilleur moyen de m'en guérir, je croî : Hais si je vais parler, vous vous rirez de moi.

VALÈRE

Quoi! vous pouvez...

LISETTE

Jurez que, quoi que je vous dise.

Vous n'en raillerez point.

VALÈRE

J'en jure.

LISETTE

Ma franchise, Ou, si vous le voulez, mon indiscrétion, Exige de ma part cette précaution.

Au surplus, vous pourrez m'éclaircir sur un doute Qui me tourmente fort. Or, écoutez.

VALÈRE

J'écoute.

LISETTE

Ce bonhomme m'a dit... Vous allez vous moquer?

VALÈRE

Eh noni vous dis-je, non.

USETTE.

Avant de m'expliquer, Valère, permettez que je vous interroge. Répondez franchement, et surtout point d'éloge.

VALÉRE

Voyons.

LISETTE

Me trouvez-vous l'air de condition Que donnent la naissance et l'éducation? Et croyez-vous mes traits, mes façons, mon lan- Propres à soutenir un noble personnage? [gage,

VALÈRE

Un amant sur ce point est un juge suspect : Mais vous m'avez d'abord inspiré le respect, La vénération. Qui les a pu produire?

Votre rang? votre bien ? Plût au ciel! Je soupire Lorsque je vois l'état où vous réduit le sort : Mais pour vous abaisser il fait un vain effort; Et, de quelques parents que vous soyez issue. Chacun remarque en vous, à la première vue, Certain air de grandeur qui frappe, qui saisit Et ce que je vous dis, tout le monde le dit.

LISETTE

Ce discours est flatteur; mais est-il bien sincère?

VALÈRE

Oui, foi de galant homme.

LISETTE

Apprenez donc,Valère, Ce qu'on vient de me dire, et ce qui m'est bien Parce que son effet rejaillira sur vous. ^doux,

Par de fortes raisons qu'on doit bientôt m'ap-

[prendre, On m'a caché mon rang. J'ai l'honneur de des- D'une famille illustre et de condition, [cendre Si l'on n'a point voulu me faire illusion.

VALÈRE

Non, on vous a dit vrai, c'est moi qui vous l'assure ; Et j'en ferai serment.

LISETTE, en riant.

Fort bien.

VALÈRE

Je vous conjure, Charmante Lis... 0 ciel! je ne sais plus comment Vous nommer; mais enfin je vous prie instamment. Si vous m'aimez encor, d'être persuadée Qu'on vous donne de vous une très-juste idée; Et souffrez que l'amour, jaloux de votre droit, Vous rende le premier l'hommage qu'on vous doit.

(fi M met à genoux.)

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