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ACTE IV, SCÈNE III

Son orgueil a causé des malheurs inouïs.

LISETTE

Et comment?

LTCANDRB.

Une dame assez considérable, Lui disputant le pas dans un lieu respectable, En reçut un affront si sanglant, si cruel. Qu'elle en fit éclater un déplaisir mortel. L'époux de cette dame, enflammé de colère^ Pour venger cet affront, attaqua votre père Au retour d'une chasse^ et prit si bien son temps, Qu'ils se trouvèrent seuls pendant quelques ins- D'un trop funeste effet sa fureur fut suivie, [tants. 11 voulait se venger : il y perdit la vie. En un mot^ votre père, en défendant ses jours. Tua son ennemi, mais sans autre secours Que celui de son bras armé pour sa défense. Les parents du défunt poussèrent la vengeance Jusqu'à faire passer ce malheureux combat, Pur effet du hasard^ pour un assassinat. Des témoins subornés soutiennent l'imposture : On les croit. Votre père, outré de cette injure, Se défend, mais en vain. îi se cache. Aussitôt Un arrêt le condamne : et, pour fuir l'échafaud, Il passe en Angleterre, où quelques lours ensuite Votre mère devient compagne de sa fuite. Le rejoint avec vous qui sortiez du berceau ; Et son orgueil puni la conduit au tombeau.

LISETTE

Ciel! que m'apprenez-vous? Ce n'est donc pas ma Que j'avais au couvent, et qui m'était si chèreY [mère

LYCANDRE.

C'était votre nourrice. Elle vous ramena, Suivit exactement l'ordre que lui donna Votre père, deux ans après sa décadence, De venir dans ces lieux élever votre enfance, 3e disant votre mère, et cachant votre nom.

LISETTE

Mais pourquoi ce secret? et par quelle raison Me laissor ignorer de quel sang j'étais née?

LYCANDRE.

Pour vous rendre modeste autant qu'infortunée, Et pour vous épargner des regrets, des douleurs, Jusqu'à ce que le ciel adoucît vos malheurs. C'est ainsi que l'avait ordonné votre père ;

Et sa précaution vous était nécessaire,

LISETTE

Je brûle de le voir^ et je tremble pour lui. Comment osera-t-il se montrer aujourd'hui, Après l'injuste arrêt?...

LYCANDRE.

Pendant sa longue absence, De fidèles amis, sûrs de son innocence, Et puissants à la cour, ont eu tant de succès, Qu'ils l'ont déterminée à revoir le procès; Et deux des faux témoins, prêts à perdre la vie, Ont enfin avoué leur noire calomnie.

Votre père, caché depuis près de deux ans, Attendait les eflets de ces secours puissants. On vient de lui donner d'agréables nouvelles, 11 touche au terme heureux de ses peines mortelles.

LISETTE

Qu'il ne s'expose point. Je crains quelque accident, Quelque piège caché. N'est-il pas plus prudent Que nous l'allions chercher? Par notre diligence Prévenons ses bontés et son impatience.

Sortons, monsieur; je veux embrasser ses ^enoux^ Et mourir de plaisir dans des transports si doux.

LYCANDRE.

Vous n'irez pas bien loin pour goûter cette joie : Vous voulez la chercher, et le ciel vous renvoie. Oui, ma fille, voici ce père malheureux; Il vous voit, il vous parle; il est devant vos yeux.

LISETTE, se jetant à ses pieds.

Quoi! c'est vous-même? 0 ciel! que mon âme est Je goûte le moment le plus doux de ma vie. [ravie!

LYCANDRE.

Ma fille, levez-vous. Je connais votre cœur; Et je vous l'ai prédit, vous ferez mon bonheur. Mais, hélas ! que je crains de revoir votre frère I

LISETTE

Mon frère? Et quel est-il ?

LYCANDRE.

Le comte de Tufière.

LISETTE

Je ne sais otij'en suis! je ne respire plus! Daignez me soutenir.

LYCANDRE.

Qu'il doit être confus, Quand il vous connaîtra

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