‹ Théatre choisiChapitre 301 sur 471 · ACTE IV, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII

Qu'un soupçoQ si cruel a droit de m'oiïenscr! Croyez que votre fils vous respecte, vous aime.

LYCAKDRE.

Vous? Prouvez-le-moi donc, et dans ce moment

LE COMTE. [même.

Vous pouvez disposer de tout ce que je puis. Parlez; qu'exigez-vous î

LYCANDRE.

Qu'en l'état où je suis Vous vous fassiez honneur de bannir tout mystère. Et de me reconnaître en qualité de père Dans cette maison-ci. Voyons si vous l'osez.

Songez-vous au péril où vous vous exposez?

LYCANDRE.

Dois-je me défier d'une honnête famille? Allons voir Lisimon; menez-moi chez sa fille.

LE COMTE

De grâce, à vous montrer ne soyez pas si prompt: Vous les exposerez à vous faire un affront. Vous ne savez donc pas jusqu'où va l'arrogance D'un bourgeois anobli, fier de son opulence? Si le faste et l'éclat ne soutiennent le rang, Il traite avec dédain le plus illustre sang. Mesurant ses égards aux dons de la fortune, Le mérite indigent le choque, l'importune. Et ne peut l'aborder qu'en faisant mille efforts. Pour cacher ses besoins sous un brillant dehors. Depuis votre malheur, mon nom et mon courage Font toute ma richesse; et ce seul avantage, Réchauffé par l'éclat de quelques actions, M'a tenu heu de biens et de protections. J'ai monté par degrés, et, riche en apparence, Je fais une figure égale à ma naissance; Et sans ce faux relief, ni mon rang ni mon nom N'auraient pu m'introduire auprès de Lisimon.

LYCANDRE.

On me Ta peint tout autre; etj'aipeîne à vous croire. Tout ce discours ne tend c[u'k cacher votre gloire. Mais pour moi, qui ne suis ni superbe ni vain, Je prétends me montrer, et j'irai mon chemin.

(Il veut sortir.) LE COMTE, le retenant.

Différez quelques jours; la faveur n'est pas grande: (// se jette aux pieds de Lycandre.)

Je me jette à vos pieds, et je vous la demande.

LYCANDRE.

j'entends. La vanité me déclare à genoux Qu'un père infortuné n'est pas digne de vous. Oui, oui, j*ai tout perdu par l'orgueil de ta mère, Et tu n'as hérité que de son caractère.

LE COMTE

Eh . compatissez donc à la noble fierté Dont mon cœur, il est vrai, n'a que trop hérité. Du reste, soyez sûr que ma plus forte envie Serait de vous servir aux dépens de ma vie. Mais du moins ménagez un honneur délicat; Pour mon intérêt même évitons un éclat.

LYCANDRE.

Vous me faites pitié î Je vois votre faiblesse, Et veux, en m'y prêtant, vous prouver ma tendresse; Mais à condition gue si votre hauteur Eclate devant moi^ dès l'instant...

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