ACTE II, SCENE \I
M. DES MÂZORES.
Oui.
ANGÉLIQUE
Mille sept cent trente-six.
M. DES MAZURES.
Àh, bon 1 Mille sept cent trente-six rois ?
ANGÉLIQUE
Assurément.
M. DES MAZUEES.
Et qui vous a appris cela ?
ANGÉLIQUE
C'est ma nourrice.
M. DES MAZURES.
Sa nourrice lui a appris l'histoire de France !
ANGÉLIQUE
Pourquoi non ? Elle m'a appris aussi l'histoire de Richard sans peur, de Robert le Diable, de la Belle Maguelone, et de Pierre de Provence.
Voilà une très belle érudition 1 Et de la fable, qu'en savez-vous ?
ANGÉLIQUE
Je sais le conte de Peau d'âne, de Moitié de Coc, et de Marie Cendron.
M. DES MAZURES, la contrefaisant.
Et de Marie Cendron I Je ne sais plus que penser de cette fille-là... Mademoiselle, cessez de plaisanter, je vous prie, car, ou votre père et votre mère m'ont trompé, ou certainement vous vous moquez de moi I
ANGÉLIQUE
Moi, me moquer de Monsieur des Mazures ? Àh ! j'ai trop de respect pour lui. Croyez, Monsieur, que je suis toute bonne, et que je n'y entends point de finesse.
M. DES MAZURES.
Mais vous saviez, disiez-vous, l'histoire, la géographie, la chronologie, la fable, la philosophie. Vous faisiez des vers charmants , vous écriviez des lettres ravissantes. ..
ANGÉLIQUE
Hélas ! je le disais pour vous faire plaisir.
M. DES MAZURES.
Vous ne savez donc rien ?
Je sais lire passablement, et j'apprends à écrire depuis deux mois.
M. DES MAZURES.
La peste ! vous êtes fort avancée ! Mais, comme je vous trouve jolie, je vous passe votre ignorance. Ce que vous perdez du côté de l'érudition, vous le regagnez du côté de l'esprit sans doute ; car on dit que vous en avez infiniment.
ANGÉLIQUE
Infiniment, cela est vrai. Je vous avoue tout bonnement que j'ai de l'esprit comme un ange.
M. DES MAZURES.
Et VOUS le dites vous-même ?
ANGÉLIQUE
Pourquoi non ? Est-ce un péché que d'avoir de l'esprit ?
M. DES MAZURES.
Ma foi, si c'en est un, je ne crois pas que vous deviez vous en accuser !
ANGÉLIQUE
Vous me prenez donc pour une bote ?
M. DES MAZURES.
Cela me paraît ainsi ; mais après ce qu'on m'a dit, je n'ose encore le croire. De grâce, ne me cachez plus votre mérite?
Beau soleil, adorable aurore,
Vous quej'uime, \ous que j'adore, Déployez cet esprit que l'on m'a tant vanté, Et j'enchaîne à aos pieds ma tendre liberté.
Allons, imitez-moi ; un petit impromptu de votre façon ?
ANGÉLIQUE
Oh î très volontiers. Je vois qu'il faut vous contenter.
M. DES MAZURES.
Je sentais bien que vous me trompiez. Courage, belle Angélique, étalez enfin toutes vos merveilles 1
ANGÉLIQUE, feignant de rêver.
Un petit moment, s'il vous plaît.
M. DES MAZURES.
Volontiers... Y étes-vous ?