ACTE III, SCÈNE II
BABET, d*un ^and aérieux, et faisant une profonde révérence.
Votre très humble servante, Monsieur Nicolas.
LÉANDRE
Sarviteur, sarviteur, Mademoiselle Babet.
BABET
Que faites-vous donc ici tous trois ?
l'olive.
Eh I nous parlons de la pluie et du beau temps.
BABET
De la pluie et du beau temps? Huml Vous avez des conversations plus intéressantes que celle-là. Ouais I ma sœur a bien du goût pour les jardiniers I... Je crois qu'elle veut apprendre le métier.
l'olive.
Eh bien! nous vous l'apprendrons aussi quand vous serez grande .
BABET
Quand je serai grande? Allez, allez, toute petite que je suis, j'apprendrais aussi bien que ma sœur; mais il n'y a point de maître ici pour moi.
LÉANDRE
Pardonnez-moi, vraiment. Puis-je pas vous, instruire, en même temps que Mademoiselle?
Oh! je vous baise les mains. Il me faut un maître à moi toute seule.
l'olive.
Eh bien ! je le serai, moi : aussi bien, ai-je besoin d'une écolière.
BABET
Oh î voyez donc comme il sera mon maître 1 Je crois que je suis d'aussi bonne maison que ma sœur ; et puisqu'elle se fait instruire par un colonel, je puis bien aspirer du moins à un capitaine !
ANGÉLIQUE
Paix I Parlez bas, ma petite ; on pourrait vous entendre.
BABET
Ne craignez rien, nous sommes en sûreté. Tout le monde est encore à table, M. le comte des
Guérets s'est enivré dès le potage; et il fait tant de fracas, tant de fracas, qu'on n'entendrait pas tonner dans la salle. Ainsi, parlons librement de nos petites affaires.
ANGÉLIQUE
Eh bieni ma chère, quelles nouvelles nous direz-vous? De quoi s'est-on entretenu?
On n'a parlé que de vous. Quel tapage ! (Fort ^ite.) Vous êtes cause que mon papa gronde maman ; maman gronde M. des Mazures; M. des Mazures leur répond en vers; Madame la Comtesse le seconde, en battant des mains, M. le Président, en parlant latin, Madame la Présidente, en jargon précieux, et M. le Comte, en jurant comme un possédé !
ANGÉLIQUE
Ainsi, me voilà reconnue pour une imbécile, et déclarée telle^ sur la parole de M. des Mazures ?
BABET
Oh ! Monsieur le Président dit que ce n'est que par provision ; qu'on vous jugera tantôt, après un mûr examen ; et qu'il y a des commissaires nommés pour cela.
l'olive.
Parbleu, cela est bouffon ! Et qui sont^ils, ces commissaires ?
BABET
Dame, c'est monsieur le comte, madame la comtesse, monsieur le président, et sa chère épouse!
ANGÉLIQUE
Tant mieux 1 Ceci me fait naître une idée. Pour mieux brouiller M. des Mazures avec mon père et ma mère, bien loin de faire l'imbécile en présence de mes juges, je vais prendre devant eux un ton si sublime, que mon phébus leur fera croire que je suis le plus bel esprit du monde. Vous savez que les galimatias pédantesques imposent infiniment aux provinciaux. Ils soutiendront à M. des Mazures qu'il s'est trompé sur mon sujet, tandis que Babet, que je viens