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ACTE II, SCÈNE I

FINETTE

A soixante ans passés !

JULIE

Pour augmenter Tennui, Mon frère a fait venir Torgueilleuse Bélise, La prude Arsinoé, la jeune Cidalise, Coquette impertinente, et folle au pardessus, Qui soutient que la mode est de ne rougir plus. Elle agace Gléon. Lui, selon sa coutume. Prend feu d'abord pour elle. On ferait un volume Des portraits' singuliers de tous ceux qu'aujour- Cléon se fait honneur de régaler chez lui, [d'hui Surtout de Florimon, dont je hais la présence, Et qui ne sait briller que par son impudence.

FINETTE

Ah ! Florimon, ce gros magistrat débauché, Qui porte en un beau corps un esprit ébauché, Du Cuisinier Français fait son uniaue livre, Et de vin de Langon dès le matin s enivre : Parasite effronté, menteur comme un laquais. Vivant toujours d'emprunt et ne payant jamais? Grand homme I et pour Cléon utile connaissance !

JULIE

Il vient de lui prêter deux mille écus.

FINETTE

Je pense Que Cléon devient fou.

JULIE

Depuis quelques instants Il a distribué quinze ou vingt mille francs. Sa vanité triomphe, et tient sa bourse ouverte A tous venants.

FINETTE

Cet homme est tout près de sa JULIE. [perte.

Il y court tant qu'il peut.

FINETTE

Ne le ménageons nlus.

A propos, avez-vous touché vingt mille écus?

JULIE

Oui. Le comte m'a remis cette somme.

FINETTE. [homme?

Ah ! tant mieux. Vous voyez que c'est un galant

JULIE

Ou plutôt un indigne.

FINETTE

11 le faut ignorer.

Donnez-lui tout au moins quelque lieu d'espérer.

JULIE

Je Tai moins maltraité ; c'est ce que j'ai pu faire.

FINETTE

Il croit vous acquérir.

11 verra le conlraire ; Mais je ne puis penser sans un chagrin cuisant, Que Cléon me croyant en un besoin pressant, Loin de venir m'onrir une ressource prompte, Pour s'y déterminer, ait consulté le comte.

FINETTE

Belle délicatesse ! Encore si vous Faimiez, Ce serait à bon droit que vous vous plaindriez ; Mais aimant son argent bien plus que sa personne, Qu'importe que son cœur ou sa main vous le

JULIE [donne?

Que tu me connais mal !

FINETTE

Je jurerais que non.

JULIE

Malgré tes faux soupçons, j'aime toujours Cléon. C'est l'amour le plus vif!...

FINETTE. [les.

Oui, l'amour des pisto- On ne m'éblouit point par de belles paroles.

JULIE, vivement.

Oh ! Tu me fâcheras, si tu ne me crois point.

FINETTE

Eh bien ! cela posé, traitons un autre point. Je ne m'étonne plus, si céans l'argent roule...

JULIE

Comment?

Pour mériter encor mieux votre amour, Cléon vient, par ma foi, de jouer un beau tour I Il a vendu sous main une terre à Dorante, Terre qui vaut au moins dix mille écus de rente. Ce marché s'est conclu sans qu'on en ait su rien ; Mais Pasquin m'a tout dit. Vous souriez? Eh bien !

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