‹ Théatre choisiChapitre 45 sur 471 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

NÉRINE, PASQUIN, en habit de chasseur avec un cor de

chasse.

PASQUIN crie en entrant.

Tayaut I Tayaut ! Briffaut I

A te voir dans cet équipage, il n'est pas difficile de deviner d'où tu viens. Que je suis aise de te revoir, mon cher Pasquin. T'es-tu bien diverti? Parle donc.

PASQUIN crie encore.

Tayaut I Tayaut ! Brififaut !

NÉRINE

Eh ! à quoi bon tout ce bruit de chasse ? Astu perdu 1 esprit, mon enfant?

PASQUIN

Non, ma chère, je suis aussi sage que de coutume. Monsieur Oronte n'est-il pas ici?

NÉRINE

Oui.

PASQUIN

Assurément?

NÉRINE

Assurément. Il trouvera fort mauvais que tu fasses un pareil vacarme.

PASQUIN, courant autour du théâtre.

Tayaut î Tayaut !

NÉRINE

Eh ! mort de ma vie ! finis donc, et ne m'étourdis pas davantage ! Quelle diable de musique estce là?

PASQUIN

Crois-tu que monsieur Oronte m'ait entendu ?

Sans doute, et tous les voisins aussi, (on donae du cor.) Mais qu'entends-je? Aiilre bruit de chasse. Est-ce que nous sommes au temps des Fées, et m'aurait-on tout d'un coup transportée dans un bois?

PASQUIN

Ah I ma chère ! je voudrais te tenir en fin fond de forêt.

SCÈKE X. 21

NÉRINE

Pourquoi? Pour me couper la gorge?

Non, mon enfant, tu n'en mourrais pas.

(On donne encore du cor.) NÉRINE.

On redouble. Que veut dire tout ceci?

PASQUIN

C'est mon maître qui chasse dans l'antichambre de monsieur son père.

NÉRINE

Explique-moi donc ce que cela signifie?

PASQUIN

Cela signifie que nous voulons faire du bruit.

Est-ce que ton maître veut insulter son père? Rêvez-vous? Eles-vous possédés ?

PASQDIN.

Oh î donne-toi patience, et tu sauras tout.

NÉRINE

Dépêche-toi donc. De quoi s'agit-il?

PASQUIN

De faire croire à monsieur Oronte que nous sonimes allés à la campagne pour une grande partie de chasse. Nous venons de faire entrer au logis deux mulets tout chargés de gibier.

NÉRINE

Deux mulets? Quels braconniers! Vous avez donc dépeuplé tout le pays ?

PASQUIN

Vraiment oui; nous n'avons rien laissé à la Vallée, ni chez les rôtisseurs.

NÉRINE

Que diantre veux-tu dire ?

PASQUIN

Que nous ne venons point du château de Clitandre, comme nous voulons le persuader au père de mon maître. Nous n'avons été qu'à un village, à demi-lieue- de Paris, et nous n'y avons pas seulement tué un moineau.

NÉRINE

Qu'avez-vous donc fait là, pendant huit jours?

La pesle! Nous avons fait de bonne besogne;

mais c'est un secret qu'il ne m'est pas permis de te révéler.

NÉRINE

Pourquoi ?

PASQUIN

Parce que mon maître m'a défendu d'en parler ; et c'est pour cela que je meurs d'envie de te le dire. Oh ! le pesant fardeau qu'un secret ! Voici ce que c'est: mon maître. .. halte-là ! monsieur Pasquin, vous allez faire une sottise.

NÉRINE

Tu aurais quelque chose de réservé pour moi? Pour ta maîtresse?

PASQUIN

Je demeure d'accord que cela n'est pas dans les règles; mais je songe en même temps que ma maîtresse est tille : qui dit fille, suppose une personne incapable de se taire, et forcée à révéler le plus grand secret, ou à crever dans les vingt-quatre heures.

NÉRINE

N'appréhende rien. Je suis plus forte qu'un homme, moi, sur la discrétion. Parle, ou je romps avec toi.

PASQUIN

Tu me prends par mon endroit sensible. Allons, il faut parler. Les plus grands hommes font des folies pour ces animaux-là... Personne ne peut- il nous entendre?

NÉRINE

Non, si tu ne cries bien fort.

PASQUIN

Diable! ce ne sont pas ici des jeux d'enfant...

NÉRINE

Comment donc?

PASQUIN

Si on découvrait le mystère, mon maître pourrait être déshérité ; cela va là, tout au moins.

NÉRINE

Diantre !

PASQUIN

Et moi, tout au contraire, je pourrais hériter d'une centaine de coups de bâton. Je n'aime point ces aubaines-là.

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