SCÈNE Vil
CLÉON, CIDALISE, FINETTE
CLÉON, à Cidalise.
Ah î Madame, venez soulager ma douleur, Et rendez-vous enfin maîtresse de mon cœur : Il brûle d'être A vous, achevez votre ouvrage ; Ne lui permettez plus un indigne partage : Sauvez-le de lui-môme, il s'offre à vos attraits. Et se livre en vos mains pour n'en sortir jamais.
CIDALISE
Quoi ! vous doutiez encor que j'en fusse maî-
[tresse ?
Senlez-vous pour Julie un refour de tendresse? Elle l'a mérité.
CLÉON
Je vais la détester.
Désormais, tout à vous, j'ose vous protester... Vous ne m'écoutez point?
CIDALISE
Non, car on nous épie.
Moi, tout ce que je vois me fait haïr Julie ;
Et, pour vous mieux prouver à quel point je la hais,
5 52 Ll-: DISSIPATEUR.
Je vais vous découvrir les beaux tours qu'elle a Maisjen*ose. [faits...
CIDALISE
Pourquoi ?
FINETTE
Si je vous les révèle, Je m*en vais vous causer une douleur mortelle. Vous aimez trop Gléon, vous devez trop Taimer Pour soutenir ce choc.
CIDALISE
Achève, il faut s'armer De courage. Quel coup va l'accabler encore ?
FINKTTE.
Il peut le supporler, parce qu'il vous adore. Et qu'il retrouve en vous le généreux appui D'un bon cœur déjà prêt à s'immoler pour lui. Que serait-il sans vous? Son oncle l'abandonne.
CLÉ ON, à Cidalisc.
Ah ! ne la croyez pas : je sais qu'il me pardonne.
FINETTE
Non, il vous a trompé pour se venger de vous. Et ses feintes douceurs vous cachaient son cour-
CLÉON. [roux.
Quoi donc ?
FINETTE, d'un air affligé.
Leméchant oncle! Ah! quelle âme traîtresse! Quel fourbe ! 11 assassine au moment qu'il caresse. Oui, Monsieur, dans l'instant que cet oncle malin Vous disait cent douceurs d'un air tendre et bénin, Il venait de signer votre ruine entière. En vous déshéritant d'une indigne manière ; Car il vous ôte tout, et même a fait serment De ne jamais changer un mot au testament. Votre disgrâce est pleine, infaillible, authentique, Et Julie est, Monsieur, sa légataire unique.
Julie ? A-t-elle pu pousser l'indignité ?...
FINETTE, prenant un ton furieux.
Rien ne peut échappera son avidité...
Et votre terre aussi que vous avez vendue...
CIDALISE, d'un ton d'étonnement.
Il a vendu sa terre?
FINETTE, d'un ton pleureur.
Et même ill'a perdue,